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 Par-delà les montagnes : Résurrection

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Monarque de la Brume

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MessageSujet: Par-delà les montagnes : Résurrection   Mer 4 Aoû 2010 - 18:34

Ce manuscrit en mauvais état conte l'histoire de Wahn, le disciple d'Enutrof qu'un certain nombre d'entre vous connaît, et de son fidèle "serviteur", l'adepte de Pandawa, Lokri.
Cette histoire a été tenue secrète, jusqu'au jour où son poids devint trop important pour ne pas être délivrée au monde entier.
Néanmoins, toute l'épopée ne fut pas dévoilée dans son ensemble.
Jouant avec la patience des historiens, le vieillard décida de ne dévoiler qu'une page tous les deux ou trois jours, et promit que cette histoire pourrait à jamais changer la face du monde.

A ce jour, trois pages ont été publiées




PAGE 1 : LE HEROS

Chaque histoire a ses héros...
Chaque héros à son histoire...

Et ce sont parfois les personnages les plus banaux qui deviennent les protagonistes les plus importants d'un nouveau chapitre d'un récit sans fin.

Personne n'aurait pu prédire que le vieillard dont il est question dans ce conte serait amené à vivre des aventures dignes d'être enseignées aux adeptes de tous les Dieux.

Son physique repousserait même le plus téméraire des mercenaires : le crâne dégarni, la dentition ravagée par le temps et les nombreuses tranches de kanigrou séché, plat favori de notre retraité, la barbe blonde et mal entretenue, plus crasseuse encore que la tignasse d'un bwork...

Et pour cause, le vieil homme avait passé son enfance – certes, il y a fort longtemps, mais les séquelles demeurent – au milieu des montagnes, en compagnie de ces êtres difformes au langage incompréhensible ou presque du commun des mortels.
Nul ne sait pourtant comment un bambin, fils d'une bergère disciple de Feca, la protectrice, et d'un père dont il n'avait que peu de souvenirs, avait pu atterrir dans ce trou retiré de toute civilisation, un environnement si hostile.

Il aurait dû être ligoté, puis tranché pour servir de repas aux guerriers, archers et autres mages qui peuplaient ce campement aux allures primitives et au parfum nauséabond.
Il n'en fut rien...

Bworkassin, connu pour son attitude sanguinaire et peu clémente envers ses adversaires, se dirigea vers l'enfant enveloppé dans une vulgaire couverture en peau de sanglier.
Il l'observa de son regard ahuri tandis que le petit continuait son sommeil, nullement perturbé par le souffle chaud de la respiration du bwork.

Une ronde se forma autour de la scène.
Les femmes imaginaient déjà l'assaisonnement qu'elles pourraient préparer pour cuisiner ce charmant nourrisson tandis que les hommes se léchaient les babines à l'idée de dévorer de la chair humaine.

L'enfant fut alors présenté au ciel par le membre de la tribu, à la fois craint et respecté, et tous les autres reprirent en choeur le nom scandé, toutefois déçu de devoir se rabattre sur d'autres plats moins succulents... Wahn... Wahn... Wahn...

Wahn... Dorénavant, cet enfant n'avait plus de passé... Il se nommerait Wahn et porterait ce nom jusqu'à la fin de sa vie.
Wahn... L'adepte du dieu Enutrof, élevé au milieu des bworks...
Wahn... Le vieillard allongé en ce jour de Jouillier au pied d'un grand arbre, non loin du zaap du village, non loin de son village natal.

Hormis cet épisode de la découverte, il n'avait aucun souvenir de son enfance.
Des bworks, il n'avait gardé que l'odeur et la crasse.
Son langage semblait compréhensif, malgré un léger accent et des exclamations aussi douteuses qu'inquiétantes.
Ses manières étaient à des kilomètres de la barbarie que l'on rencontre habituellement dans ces contrées reculées de la montagne.
Il savait se montrer clément lorsqu'il le fallait, mais tout aussi impitoyable dans le cas contraire.

Ce jour donc, à l'ombre de ce vieux chêne, Wahn rêvait de belles femmes et de bonne nourriture, d'une vie en exil sous les palmiers d'Otomaï.
Son seul regret sur cette terre demeurait de n'avoir jamais rencontré une personne qui puisse partager sa vie et son avenir.

Il observait alors les nombreux passants de ce lieu fréquenté, jetant des coups d'oeil en coin sous les pagnes de quelques jeunes femmes isolées, en tâchant d'être discret.
Il s'efforçait de ne pas succomber à la tentation de mettre son poing dans la figure aux nombreux crieurs qui venaient perturber le chant des oiseaux et le bruit du vent dans les feuilles.
Il soupirait enfin, voyant les couples se rendre à la porte reliant le monde, partir en voyage pour des destinations romantiques, et s'imaginait une nouvelle fois, à la place de ces aventuriers chanceux...

Wahn fut alors tiré de ce rêve par un disciple de Iop fanfaron, fier de ses muscles et de son allure d'athlète qui lui apportait un certain succès auprès des femmes adeptes du dieu guerrier.
Le jeune homme souhaitait faire une démonstration de ses talents sur l'arbre qui protégeait le retraité des rayons du Soleil.


« Dégage papy, tu me gênes, ne fais pas attendre les demoiselles ! »

Par désir de contrariété, – ou peut-être n'était-ce que de la fainéantise – Wahn n'esquissa pas le moindre geste, et sortit un kama, s'amusant à le faire passer entre tes doigts.

« T'es sourd, déguerpis je te dis ! »

Cette fois, le disciple d'Enutrof leva la tête vers l'effronté.
Il jeta la pièce de monnaie en l'air, attendit qu'elle retombe sur le sol et la dissimula de sa main.


« Pile ou face ? Demanda-t-il.
- Tu crois que c'est le moment de jouer ? Fais moi la place, et va pourrir ailleurs, là où tu ne pollueras pas l'atmosphère !
- Pile ou face ? Répéta Wahn, calmement.
- Tu... Roh, et puis pile... »

Le vieillard dévoila la pièce à terre, et hocha la tête en signe de négation.

« Face, pas de chance... »

Saisissant à toute vitesse la monnaie, il l'envoya directement dans l'oeil de son vis-à-vis.
La pièce ne semblait pas vouloir se déloger de son nid, et le jeune homme hurlait de douleur :


« Enlève-moi ça ! Hurlait-il. Enlève-le ou je t'explose la cervelle ! »

Se levant lentement, et essuyant la terre sur ces vêtements à une vitesse plus que réduite, Wahn se dirigea ensuite vers le garçon qui l'avait agressé quelques secondes auparavant.
Il le saisit par les cheveux et le tira d'un coup sec en arrière.


« Tu ne croyais tout de même pas que j'allais te la laisser ? Dit-il en reprenant son kama »

Le retraité se dirigea alors vers la forêt, laissant le jeune disciple de Iop allongé et proie aux moqueries des témoins de la scène.

« Ah, ces jeunes... »

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Mer 4 Aoû 2010 - 18:35

PAGE 2 : LE CERCLE SYLVESTRE

Les rayons du Soleil peinaient à traverser l'épais feuillage des diverses espèces d'arbres peuplant ces bois sombres et peu accueillants.
Wahn errait au hasard dans ce dédale de verdure, progressant sur l'herbe sèche qui tapissait le sol de l'immense forêt des Abraknydes, observant avec difficulté les alentours, les troncs sculptés étrangement, les entailles administrées sur les écorces des chênes, noyers ou autres habitants inanimés de cet environnement si spécial...

Le vieil homme s'approcha de l'une de ces oeuvres d'arts sylvestres, y pose la main délicatement, suivant les formes et les reliefs formés sur le bois.
Il admirait les coups de lames précis qui devaient être à l'origine de ces dessins, car pas la moindre petite écharde ne vint se loger dans les mains rêches du retraité.

Wahn décrocha son regard pour contempler le reste de ces gravures.
Il venait souvent s'aventurer dans ces bois prétendus hantés, lorsque son esprit souhaitait s'évader, mais jamais auparavant il n'était tombé sur ce lieu.
Il ne parvenait pas à distinguer clairement les diverses représentations, à cause du peu de lumière qui perçait le toit de feuilles de cet endroit, et le toucher restait le seul moyen pour tenter de se faire une idée sur la signification de ces sculptures.

Disposés en un grand cercle, les arbres tailladés avaient leur face toutes orientées vers un même point, au centre de cette ronde étrange, et où se trouvait un rocher cubique, pas plus haut qu'un bouftou, éclairé par le seul halo de lumière qui ait pu braver les obstacles, et tomber sur les faces grises de la pierre taillée.

Se dirigeant vers ce caillou, Wahn crut entendre des bruissements provenant de derrière les arbres


« Ce doit être le vent, se dit le retraité, même dans des endroits si reculés, le vent s'engouffre toujours. »

S'approchant toujours plus, le regard du vieillard observait successivement le ciel et l'endroit par lequel passait le halo lumineux, la pierre, sa destination, et les arbres, dont les formes semblaient s'animer à mesure que notre héros avançait.

« Ce doit être la lumière, pensa cette fois le vieil homme. A cause des ombres, cela provoque une illusion d'optique. »

Enfin, il arriva devant le cube de pierre, et y posa la main gauche, et la retira aussitôt à cause de la chaleur qui s'en dégageait. Une faible fumée s'échappa du haut de la roche.

« Ce doit être la chaleur, songea Wahn, l'esprit toujours aussi rationnel. A force d'être exposée à la lumière, la pierre a chauffé...Et puis, nous sommes en milieu d'après-midi »

La terre se mit alors à trembler. La roche qui arrivait aux genoux du vieil homme s'enfonça alors dans le sol, un fort vent secoua l'endroit et déséquilibra le vieillard.

« Ce doit être... Non, là je ne vois pas... »

Impossible de se relever. Wahn demeurait cloué le dos au plancher herbeux, les bras le long du corps, les jambes trop engourdies pour obéir à son maître, la barbe volant au vent et menaçant de se décrocher sous la force de ce dernier.
Le retraité souffrait sous la pression du vent contre sa poitrine et avait de plus en plus de mal à respirer. Aucun son ne put s'échapper de sa bouche alors qu'il aurait souhaité hurler de douleur, espérant apaiser son agonie.
Les brins d'herbe et les poils de sa barbe arrachés et soulevés par la tempête obligèrent le disciple d'Enutrof a fermer les yeux pour ne pas finir aveuglé.

Alors que Wahn sentait son dernier souffle arriver, le vent s'apaisa, la respiration du vieillard toujours allongé put reprendre normalement, ses membres furent libérés de leur étreinte, mais il n'osait ouvrir l'oeil.

« Ben voilà, j'ai fait dans mon caleçon... Et maintenant, ça y est... Je suis mort ! Mort ! Ils m'emmènent au paradis. Ah Enutrof, Sram et les dix autres dieux, pourquoi m'infliger ça à moi qui n'ai jamais fait de mal à personne... Bon, une ou deux fois, mais c'est de la faute à Pandawa et à la tentation de la bière qu'elle m'apporte... Ah, je suis mort, et je n'ai même pas d'héritier !... J'espère au moins que le paradis aura des danseuses pour m'accueillir, un buffet bien garni et un lit confortable pour couler des jours heureux ! »

Touchant le sol autour de lui, Wahn crut en reconnaître la texture... Enfonçant sa main dans ce plancher, il en tira de l'herbe et de la terre, comme l'endroit où il se trouvait avant que le cauchemar ne débute.
Timidement, les paupières de notre héros mal en point s'ouvrirent, et se rendit compte qu'il n'avait pas changé d'endroit... En revanche, cet endroit semblait avoir été profondément modifié.

Les arbres avaient perdu leur feuillage et la lumière éclairait le cercle qu'il avait exploré avant l'arrivée du vent.
Et à la place de la mystérieuse roche cubique se dressait une immense statue dont la hauteur surpassait celle de la forêt.


« C'est ça le paradis... Je toucherai deux mots au décorateur, c'est immonde... »

Wahn se releva, croisa les jambes et observa l'imposante sculpture de marbre devant lui.
Trop près pour savoir de quoi ou de qui il s'agissait, il entreprit de se relever mais une voix l'interpela.


« Ne fais pas un geste ! Lui ordonna la voix, grave et dont l'écho résonna quelques secondes.
- Qui êtes-vous ? S'enquit Wahn. Où suis-je tombé ? Où est la forêt ? Tu veux mes kamas ? Ils sont bien protégé, alors n'essaie pas.
- Ta richesse ne m'intéresse pas, reprit le mystérieux interlocuteur.
- Alors répond à mes questions !
- Les réponses viendront en temps voulu...Pour le moment, ne bouge pas, ils viennent te chercher...
- Qui ça ? »

Plus un bruit.
Le silence retomba dans ce bois devenu clairière, et le retraité resta sans un mot devant l'imposante statue


« Mais dans quelle galère je me suis encore fourré ? »

A SUIVRE

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Mer 4 Aoû 2010 - 18:36

PAGE 3 : PRISONNIER

Le vétéran n'osait entreprendre le moindre geste, pétrifié par cette intervention hors du commun, et demeurait immobile, face à l'imposante oeuvre d'art reposant au milieu de cette ronde d'arbres morts.
Il aurait désiré tourner la tête pour observer les sculptures découvertes avant l'incident, mais son cou désobéissait à ses ordres et ses yeux fixaient le socle de la statue.


« Lokri, premier du nom, héros d'une nation »

De toute sa vie, – et Enutrof sait qu'elle fut longue, jusqu'à aujourd'hui – Wahn n'avait ouï dire d'une personne de ce nom, qui plus est un sauveur.
Il ignorait également la nature de la nation qui admirait l'homme immortalisé dans la pierre, il ignorait les actions qui lui avaient procuré ce prestige.
Les interrogations se succédaient dans l'esprit du vieil homme déjà perturbé par les récents caprices météorologiques qui avaient fortement bouleversé la forêt, et par cette voix inquiétante qui résonnait encore dans sa tête.


« Ils viendront te chercher, murmura le disciple d'Enutrof... Mais qui ? Et pourquoi moi ? »

L'angoisse envahissait un peu plus chaque seconde le malheureux Wahn, attendant patiemment ses futurs ravisseurs, sans risquer une évasion.

« Savaient-ils que je viendrai ? S'interrogea-t-il à haute voix. Moi-même, je ne connaissais pas cet endroit, alors comment auraient-ils pu deviner que j'allais m'y rendre ? »

Le son de pas sur l'herbe sèche vint tirer notre héros de ses réflexions.
Sa colonne vertébrale se raidit sec, ses mains se mirent à trembler, et peu à peu, les gouttes de sueur apparaissaient en nombre conséquent sur le sommet de son crâne nu et descendaient sur son visage pour rejoindre sa barbe à la couleur et au toucher semblable à de la paille.
Après quelques instants rythmés par les martellements des souliers des inconnus venus chercher Wahn, le silence revint.
Les percussions s'arrêtèrent, mais le souffle lent et tout aussi régulier que la cadence de la marche semblait plus bruyant que n'importe quel crieur de zaap à cet instant


« Levez-vous, noble guerrier. »

Au signal, le vieil homme se hissa sur ses deux jambes, trop impressionné pour oser désobéir.
Il ne nota même pas la manière dont l'avait nommé le mystérieux inconnu.


« Retournez-vous maintenant »

Une nouvelle fois, Wahn ne protesta pas et fit volte-face, se retrouvant opposé à deux colosses vêtus de cagoules noires qui le dépassait de plus de deux têtes chacun, donnant une image concrète à la terreur qu'éprouvait le retraité en ce moment.
Toutefois, le pelage sur les bras et la forte odeur de bière qui se dégageait de leur haleine trahissait leur appartenance au culte de la déesse Pandawa.


« Qui.. qui êtes vous ? Demanda timidement le vieillard. Que s'est-il passé exactement ?
- Nous l'ignorons, fit le premier.
- Nous ne détenons aucune des réponses aux questions que vous nous poserez, ajouta le second. Nous nous contentons d'obéir aux ordres de notre souverain. »

Wahn soupira.
Visiblement, il allait devoir patienter avant de connaître l'origine d'un tel spectacle.


« En revanche, notre souverain et maître vénéré pourrait vous aider à comprendre, reprit-il.
- D'ailleurs, vous l'aurez compris, il s'agit de la personne qui nous envoie.
- Nous vous demanderons en revanche de bien vouloir porter ce vêtement durant notre voyage. »

En voyant la cagoule noir dépourvue du moindre trou pour les yeux, et l'attitude des deux hommes, Wahn comprit qu'il s'agissait là d'un ordre plus que d'une simple requête.
Il pencha alors la tête et sa vision fut alors réduite aux ténèbres de l'habit.
Chacun des étranges hommes cagoulés saisit le retraité par un côté, et ils avancèrent dans la forêt.

Le vieil homme parvenait à peine à suivre l'allure militaire de ses deux ravisseurs, et manqua plusieurs fois de trébucher, vite rattrapé par les deux kidnappeurs.
Et ils marchèrent ainsi de longues minutes, de longues heures peut-être... La notion du temps semblait totalement anéantie depuis l'épisode de la forêt.
Le terrain en pente ne facilitait pas la manoeuvre pour le retraité, alors que les disciples de Pandawa abordaient l'ascension à une facilité déconcertante.

Les deux hommes lâchèrent alors leur proie, la laissant s'écraser sur le sol rocailleux.
Se relevant et époussetant ses vêtements, bien qu'il ne vît pas l'ampleur des dégâts, Wahn était ravi de la fin de cette course folle.
Il prévit d'enlever le vêtement qui gênait sa respiration mais fut arrêté dans son mouvement par l'un des deux ravisseurs.

« Pas encore, dit ce dernier. Attendez d'être à l'intérieur. »

Un bruit de porte se fit entendre, tout proche, et Wahn avança plusieurs mètres, suivi de près par les deux hommes..
Il entendit l'entrée se refermer derrière lui, et ôta alors la cagoule pour observer les alentours.
Malheureusement, les environs paraissaient aussi sombre que l'intérieur de l'habit d'enlèvement.


« Suis-je un prisonnier ? »

Des rires retentirent.
Mais de toute évidence, il provenait de plus de deux hommes, au moins une dizaine à en croire les différentes tonalités, hommes, femmes et enfants.
A droite, un chandelier s'alluma par magie, révélant une immense colonne de marbre ayant un serpent d'or s'enroulant autour, partant de la base pour arriver au sommet.
La même scène se produisit à sa gauche, le même chandelier, la même colonne, le même serpent.
Au fond, une vois résonna alors.


« Soyez le bienvenu, seigneur Wahn... Bienvenue dans ma demeure, la demeure de Lokri, septième du nom. »

Et le reste de la pièce s'illumina

A SUIVRE

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Jeu 5 Aoû 2010 - 17:04

PAGE 4 : LE MONARQUE DE LA BRUME

Il s'agissait là d'une salle luxueuse, ayant une immense allée pourvue d'un tapis rouge et délimitée par des colonnes de marbre à côté desquelles l'on avait disposé ces magnifique chandeliers en trident.
La salle, si grande que l'on n'en voyait pas l'entrée empruntée par le vieil homme, était éclairée, en plus des flammes des torchères, par un immense lustre de cristal suspendu plus de quarante pieds au-dessus de leur tête.
Sur les murs logeaient de nombreuses draperies représentant des scènes de combat, faisant intervenir des guerriers combattant des créatures difformes ressemblant fortement aux Bworks peuplant les montagnes.

En face de lui enfin, siégeait un trône dont le dossier dépassait facilement de cinq têtes la taille de son locataire, et autour de lui, à la base des six marches qui menaient au fauteuil, plusieurs personnes de tous âges, allant du bambin au vétéran, en passant par le jeune adulte, et de toutes croyances.
Le regard de Wahn balaya l'ensemble de la salle, et le retraité tourna plusieurs fois sur place pour observer toute la démesure de ces lieux. Il s'arrêta de nouveau face à la population, et reconnut ses deux ravisseurs, les deux colosses qui l'avaient emporté de force depuis la forêt.

Un enfant se libéra alors de l'étreinte de sa mère pour se diriger vers le disciple d'Enutrof tout juste arrivé.
Timidement, il leva les yeux pour croiser ceux de l'étranger, et ses oreilles pointues, marques d'appartenance au culte d'Ecaflip se dressèrent sur sa tête.


« Tu es... Tu es Wahn ! Déclara-t-il, l'air triomphant. Wahn, le guide de la résurrection !
- Le quoi de quoi !? »

Le vieillard avait hurlé ces dernières paroles si fort que le gamin prit peur et courut en direction de ses parents, se logeant dans les bras qu'il avait quitté quelques instants plus tôt.
Pendant ce temps, l'homme sur le trône ricanait face à ce spectacle.


« Allons, laissez-nous maintenant, dit ce dernier à l'adresse des autres témoins de la scène. »

Tous partirent, silencieux.
Le petit disciple d'Ecaflip se retourna une dernière fois pour observer celui qu'il considérait comme son sauveur. Puis il suivit le reste des troupes, laissant notre héros face à ce mystérieux inconnu.

Ce dernier n'avait d'ailleurs nullement l'air d'un roi, vêtu d'habits pauvres, un triste pantalon en laine noir et une veste, couleur ténèbres également.
Aucun couvre-chef, aucun sceptre, sa seule richesse était la bague d'or et d'argent qu'il portait à sa main gauche, et qu'il caressait de temps à autre en signe de fierté.
Disciple de Pandawa comme les homme ayant enlevé Wahn, il ne semblait cependant pas aussi grand et fort, mais au contraire, chétif et frêle.
Très jeune, son visage affublé de rides et de cernes le vieillissait d'au moins une dizaine d'années.


« Je suppose que vous êtes Lokri, fit le vieil homme, pour rompre ce pesant silence »

L'intéressé se contenta de hocher la tête puis de descendre les marches afin de rejoindre son invité.
A la grande surprise de ce dernier, Lokri le prit dans ses bras.


« Quelle joie pour moi de vous rencontrer enfin, seigneur Wahn, fit le panda, sans simuler ses émotions.
- Mais comment connaissez-vous mon nom ? »

Le souverain relâcha son étreinte, et recula de deux pas.

« Ce ne sont pas là vos seules interrogations, je me trompe ? Le mystère de la tempête, cette voix qui s'élève depuis les bois métamorphosés, et cette résurrection étrange. »

Il avait prononcé ces deux derniers mots avec une intonation gelant les vertèbres de son « visiteur ».
Toutefois, le coeur de Wahn, lui, battait à la chamade, pressé de connaître les raisons de toute cette agitation, pressé de rentrer chez lui, sur sa maison de la côte de Madrestam.
Il confirma les dires de son hôte.


« Mais, commença Lokri, contrairement à ce que pensent les citoyens, je ne sais rien de plus qu'eux ne savent à votre égard, c'est-à-dire la prophétie qui vous entoure. Et encore, j'ignore de quelle nature est cette prédiction, je sais simplement que votre présence en ces terres est capitale. »

Le vieillard s'effondra sur le tapis, les mains sur le front en signe de dépit.
Sa tranquillité paraissait bien loin, et son repos ne viendrait peut-être jamais.


« Ne désespérez pas seigneur Wahn, car je connais l'homme qui m'a ordonné de vous faire conduire ici. Mais vous devez me jurer de n'en toucher mot à personne ! »

Pour la première fois, le ton de l'héritier de la brume devenait agressif, et le retraité n'eut d'autre choix que d'accepter les conditions imposées par son interlocuteur.
Lokri aida Wahn à se relever, et l'entraîna vers son trône, lui demandant de s'installer bien confortablement sur le dossier de velours rouge.
Rejoignant le retraité, l'adepte de Pandawa prononça des mots incompréhensibles pour son voisin, et le trône se mit alors à flotter dans les airs.
Prenant de la vitesse, le fauteuil se dirigea vers le plafond de pierre grise.
Face à la collision imminente, le vieillard porta les mains à son crâne, en signe de protection, pensant que ce geste pourrait lui sauver la vie.

Toutefois, aucun choc n'eut lieu.
La nouvelle salle dans laquelle notre héros se trouvait désormais, étroite, et beaucoup plus modeste avec ses quatre mur de pierre et son unique torche en guise d'éclairage, ne comportait qu'une jarre de porcelaine, de la fumée blanche qui dansait au sol, et bien sûr, le trône volant, qui semblait de nouveau calme.


« C'est la deuxième fois que je crois mourir de la journée, soupira le vétéran.
- Et ce n'est pas terminé, reprit Lokri, augmentant ainsi le désarroi du vieil homme »

Le panda désigna alors l'ustensile présent dans la pièce, une jarre toute simple, de couleur bleue nuit.
Wahn s'approcha du récipient pour regarder à l'intérieur, mais une épaisse fumée blanche provenant de cette même jarre le repoussa.
Le vent se leva à l'intérieur de la salle, tandis que la fumée s'organisait pour reproduire une forme humaine.


« Seigneur Wahn, fit Lokri, je vous présente l'esprit du héros de toute une nation. Voici Lokri, premier du nom, le monarque de la brume. »

A SUIVRE

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Sam 7 Aoû 2010 - 16:08

PAGE 5 : ORIGINE

L'unique torche semblait survivre au vent secouant la salle, et demeura allumé lorsque celui-ci tomba, projeta l'ombre du monarque, déjà imposant, sur le mur dans son dos, ajoutant à la terreur que dégageait cette épaisse masse de fumée.
Impossible en revanche de distinguer un visage ou des vêtements. La brume ne dessinait que grossièrement les contours d'une silhouette humaine, deux fois plus haute et plus large que la normale.

« Triste apparence, commenta la forme... »

Wahn reconnut la voix de la forêt, celle qui l'avait interpelé et ordonné d'attendre ses deux larbins.
Le retraité avait mille question lui brûlant les lèvres, mais il ne put les poser, impressionné par l'immensité et le surréalisme d'un tel prodige.


« Es-tu effrayé ? »

La question du monarque paraissait une affirmation face aux claquement de dents et de genoux générés par la peur chez le vieil homme.
Le roi de la brume leva alors les bras, et le brouillard apparut, faisant comprendre à son invité que le cauchemar était loin d'être terminé.
Lorsque le manteau de fumée disparut, les trois personnages se trouvèrent au milieu de ruines, près d'un puits asséché.
Au sol, nulle herbe ne poussait. Seuls quelques edelweiss apportait une touche de verdure à cet endroit délabré.
Les dalles grises qui constituaient la route étaient pour la moitié brisés, et les demeures de pierres entièrement détruites, comme foudroyées par des éclairs d'une puissance extrême.
Dans le ciel, les nuages noirs menaçaient le paysage, augmentant la gravité d'une telle scène.


« Où sommes-nous ? Demanda l'ancêtre.
- Tout dépend de ce que signifie ta question, répondit le monarque. Dans un sens, nous nous trouvons toujours au-dessus de la salle du trône du palais. Seulement la brume invoquée a altéré ta vision, tout comme cela s'est déjà produit dans la journée »

Aucunement besoin d'un dessin pour comprendre que cette allusion référait à l'évènement enduré dans la forêt des Abraknydes.
Des décombres se murent alors, et un homme, blessé de toutes parts, sortit de cette prison de pierre.


« Toutefois,reprit l'homme de brume, la brume possède une puissance limitée, puisqu'elle ne présente que des évènements ayant déjà eu lieu. Dans les bois, tu as pu voir la statue érigée en mon nom, il y a fort longtemps. Et désormais, tu vois les ruines de mon oeuvre, les ruines de l'ancien royaume de la brume. »

Des hommes cagoulés et entièrement vêtus de noir entrèrent en scène, épées à la main, se dirigeant vers le survivant.

« Ils ont réussi à s'enfuir, fit l'un d'eux... Ah, les vermisseaux ! Mais j'aurai leur peau ! »

Sa lame, encore rougeoyante du sang de quelques-unes de ses proies, réclamait d'autres victimes.
La scène se stoppa, laissant le temps au monarque de continuer son récit.

« Résidant au coeur de la brume pensaient alors échapper à leurs prédateurs, les fous assoiffés de sangs qui les traquaient sans répit.
- Pourquoi une telle chasse à l'homme ? s'enquit Wahn
- La convoitise du pouvoir de la brume, la jalousie devant cette civilisation exemplaire mais fermée, le désir incessant de conquête dans les esprits de l'époque... Les raisons de la haine envers le peuple de la brume sont innombrables, dit Lokri, qui n'était toujours pas intervenu dans cette discussion jusqu'à présent »

Wahn crut entendre le monarque de la brume soupirer.

« Le royaume de la brume était une légende pour la plupart des Amaknéens, un conte destiné aux enfants de bas-âge pour les endormir, les faire rêver d'une vie merveilleuse durant les périodes de guerres qui ravageaient le monde des Douze. Nul n'acceptait l'existence d'une telle terre, et chaque explorateur partit en quête de ce royaume rentra sans la moindre information supplémentaire, laissant la population dans le doute

« Et pour cause, dissimulé dans un épais manteau de brume, ces terres demeuraient invisibles aux yeux des hommes. La nappe de brouillard ne pouvait être percée que par une personne en connaissant le secret, une personne sachant ce que protégeait la brume. Devant tant de mystère, la légende du royaume sombra alors dans l'oubli.

« Mais le mythe refit surface, le premier jour de mois de Fraouctor, il y a deux siècles de cela. La chaleur accablante et les rayons du Soleil affaiblissaient la brume, laissant un couple étranger au royaume pénétrer dans son enceinte. Fiers de leur découvertes, les tourtereaux envoyèrent des tofus à travers Amakna pour faire part de cette découverte extraordinaire, et bientôt, les curieux se bousculaient aux portes de la ville, alors seulement âgée d'une vingtaine d'années.

« Sous la pression, je dus ouvrir mes portes à ces explorateurs en herbe, et le déclin du royaume débuta. Tout le monde souhaitait rejoindre le royaume légendaire, la cité utopique. Si certains de ces hommes désireux d'appartenir à la civilisation de la brume paraissaient aptes à y entrer, la majorité ne valait pas la peine, et fut refusée. Peu de temps après, le royaume ne pouvait plus accueillir de nouveaux habitants, et les rangs des laissés pour compte grossirent.

« L'amertume qui les hantait fit place à la haine. Et le succès de la ville récemment découverte lui valut de nouveaux ennemis. Par delà les montagnes, un peuple naissait, vouant un mépris sans nom au royaume de la brume. Les Bworks, pour la plupart rejetés par le royaume, désiraient plus que tout la destruction de la ville. Et cette volonté grandit au fil des années...

« Elle grandit un siècle durant, et le désastre survint exactement un siècle plus tard. Les ruines sont les restes de l'empire que j'avais bâti, et que j'ai vu périr de mes yeux. L'homme que tu vois se dégager, c'est moi, à l'âge de cent cinquante ans. Mais ma vie s'achèvera dans peu de temps, malgré le fait que mon esprit soit resté intact.

- Les Bworks vous tueront ? Et en quoi suis-je lié à cette histoire ? »

Le monarque croisa les bras. Lokri, à ses côtés, observaient les ruines de l'ancien royaume, le monarque de brume encore en vie, et les hommes en noir qui marchaient dans sa direction.


« Tu l'ignores réellement ? Demanda Lokri premier... Et bien, laisse la brume te l'enseigner... »

La scène se mit à revivre, l'homme libéré des décombres s'effondra de fatigue et de douleur
Deux hommes arrivèrent à son niveau, et l'un d'eux leva son épée.
Au moment où la lame commença à s'abattre, son compagnon, chétif comparé au premier s'interposa, saisissant le bras de l'homme armé.


« Nous avons déjà fait assez de victimes pour une raison que nous ignorons, dit-il. Cela suffit désormais.
- Dégage, vermine ! »

D'un geste du bras, la brute repoussa son acolyte sur les roches, et la capuche de ce dernier tomba, laissant apparaître un visage de jeune homme aux cheveux courts et blonds, à la barbe naissante

« C'est ici, souffla alors le monarque de la brume aux oreilles de Wahn. C'est ici que tu interviens. »

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Mar 10 Aoû 2010 - 21:52

PAGE 6 : LA PROPHETIE

La scène se figea à nouveau.
Wahn observait le jeune homme, les yeux grand ouverts, bouche bée, incapable de croire ce qu'il venait de voir.
Aucun souvenir ne lui parvenait concernant une invasion ou une bataille, et pourtant, il s'agissait bien là de son visage rajeuni d'un siècle.
Le retraité voulut s'approcher de son autre lui, mais les pas qu'il exécutait ne le faisaient pas avancer.
Penchant la tête vers le sol, il remarqua alors qu'il ne reposait pas sur les débris du royaume de la brume mais se trouvait légèrement en lévitation au-dessus d'eux.
Il tourna alors une nouvelle fois son regard vers les trois personnages, le guerrier menaçant, l'épée prête à s'abattre sur sa prochaine victime, le monarque de la brume, blessé lors de l'attaque, et à côté, une personne si proche, et en même temps, si étrangère au retraité.


« Et ensuite ? Demanda-t-il.
- Ensuite ? Répéta le monarque. Je te laisse le redécouvrir de tes propres yeux. »

L'homme encore debout révéla son visage en jetant au loin le vêtement noir qui le recouvrait.
Aucun doute sur l'identité de ce personnage pour le vieil homme : Bworkassin, surnommé à juste titre « La rivière de sang » par ceux qui l'avaient affronté, portait à l'oeil une cicatrice, signe du seul et unique coup qu'un homme réussit à lui porter.
Le teint vert foncé, deux crocs dépassaient de ses lèvres épaisses, il paraissait tout sauf tendre et clément, envers ses ennemis comme ses alliés.


« Wahn, cria-t-il, oserais-tu défier celui qui t'a recueilli ? »

Sa lame vint se poser sur la gorge du jeune homme à terre.
Pourtant, nulle frayeur, nulle crainte ne se put se lire sur son visage, sur son regard qui défiait son vis-à-vis.


« Tu étais téméraire il fut un temps, déclara le roi de la brume au vétéran. Rien à voir avec ton attitude dans la forêt.
Il y a une différence entre le combat et les évènements surnaturels, répliqua l'ancien, se retournant vers la scène. Offrez-moi une arme, et je vous le prouverai. »

Le jeune Wahn tenait son épée fermement entre ses doigts, hésitant à la dresser contre un guerrier si redoutable que son père adoptif.

« Tu n'y penses pas... »

Bworkassin écrasa la main armée de son fils, le forçant à laisser tomber sa lame au sol.
Le saisissant ensuite par le col, il le leva dans les airs, de façon à ce que ses pieds ne touchent plus le sol.
Etranglé par une telle emprise, la respiration de Wahn faiblit à mesure du temps, les membres qui s'agitaient retournèrent peu à peu à l'immobilité, son souffle devint court, ses paupières se fermaient peu à peu.


« Non ! »

Surpris par ce hurlement, le bwork se retourna, apercevant le monarque qu'il avait laissé contre son gré.
Celui-ci semblait avoir repris de la vigueur, et s'était emparé de l'épée de Wahn, saisissant la garde de ses deux mains, lame pointée vers son opposant.
Guère impressionné, Bworkassin lâcha le jeune homme aux bords de l'inconscience , pour se diriger vers son ennemi de nouveau sur pied.


« Quel courage ! Ironisait l'envahisseur. Voici donc le sauveur de toute une nation, celui qui a construit cette ville, celui qui l'a faite prospérer... Pacotilles, comment un être si faible pourrait diriger un monde supposé parfait ?
- Ce monde semblait bien parfait car il échappait à la pollution d'êtres de ton espèce. J'admets que ton intelligence surpasse celle de tes acolytes, desquels on n'arrive à comprendre un traître mot de leurs paroles... Mais ta soif ne sera jamais coupée, tu désires le pouvoir... Tu as même éliminé ton propre chef pour l'assouvir. Des barbares...
- Silence ! Voyons si ta lame est aussi affutée que ta langue !  »

La créature chargea alors, aveuglée par la rage et la volonté d'exterminer cet insecte...
Après viendrait le tour de Wahn, ce traître...
Lokri, le premier du nom, lui, ne bougeait, attendait sans craindre son attaquant.
Au moment ou le premier coup d'épée fut donné par Bworkassin, il se contenta simplement de parer, mettant sa lame en opposition à celle de son vis-à-vis.
Essuyant les assauts, pliant sans rompre à son adversaire, le monarque ne faisait que se protéger, sans parvenir à riposter aux puissants assauts de la bien nommée « rivière de sang ».

Reculant sans cesse, il se retrouva le dos contre un des murs restants d'une habitation.


« Te voilà fait comme un rat, déclara Bworkassin, la bave coulant de ses babines. »

Essoufflé, le monarque para une fois encore un coup de taille porté par le géant, mais la lame se brisa sous la puissance de l'attaque.
Le coup suivant vit la lame meurtrière heurter la pierre, habilement évité par le roi de la brume.


« Comme c'est touchant, un rat qui s'attache à ses dernières minutes de vie... »

Le bwork lança alors son poing gauche dans la figure du monarque, lui faisant mordre la poussière par la suite.
Rangeant sa lame dans son fourreau, on entendit le barbare faire claquer les articulations de sa main.


« Je te finirai aux poings, dit-il. Je veux t'entendre hurler jusqu'à ton dernier souffle. »

Le jeune Wahn surgit alors et tenta de subtiliser l'arme de son père.
En vain... le bwork trop rapide, plaqua l'humain contre le mur qu'avait rencontré le monarque un peu plus tôt.
Ressortant son arme ensanglantée, il la dirigea cette vois vers son fils adoptif.


« Tu m'as trompé trop de fois pour rester en vie. »

Fort heureusement pour le jeune homme, le vêtement par lequel la créature aux yeux ensanglantés le tenait se déchira, et le coup d'estoc de Bworkassin, se logea dans les briques du bâtiment déjà usé par le temps et l'assaut.
Saisissant la garde de son épée brisée, Wahn logea le reste de cette arme dans le talon de ce père, puis roula afin de s'éloigner.
Car s'occupant de sa blessure et du jeune effronté qui lui filait entre les doigts, Bworkassin n'etendit pas le mur se fissurer...
Les pierres commencèrent à tomber, puis le mur tout entier s'écroula, asséchant définitivement la « rivière de sang ».

La scène disparut alors, Wahn, Lokri et le monarque refirent surface dans leur époque, cette salle éclairée par une unique torche.
A peine remis de ses émotions, le retraité souhaita interroger le monarque.


« En quoi cela fait-il de moi un sauveur ?
- La prophétie nous l'a enseigné, répondit le Lokri de chair. »

A droite, le mur commença à s'illuminer, et des lettres lumineuses y apparurent.


« Un royaume détruit, la vengeance assouvie
Feront place à cent ans d'errance et pauvreté
Mais un seul d'eux, ni assaillant, ni assiégé
Saura les ramener de nouveau à la vie. »

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Lun 16 Aoû 2010 - 23:32

PAGE 7 : DILEMNE

Wahn voulut s'approcher des lettres lumineuses et y poser la main, mais le mur oscilla à la manière de la surface de l'eau dans laquelle on jette une pierre.
Puis l'écriture s'évanouit, laissant la torche reprendre le rôle d'éclaireur de l'étroite pièce.
Le vieil homme se retourna auprès des deux Lokri, l'un de brume, dont seul l'esprit persistait dans ce monde, et l'autre de chair descendant du premier et actuel dirigeant du peuple de la brume.


« Et comment suis-je supposé diriger des ruines ? Demanda-t-il. Le royaume est anéanti, il faudrait des années, des siècles même pour le reconstruire et le restaurer.
- Oui, répondit calmement le monarque, il faudrait un siècle entier. »

Un siècle, c'est la durée qui séparait la destruction du royaume des étranges phénomènes qui venaient perturber l'existence du retraité.
Pendant tout ce temps, le peuple de la brume reconstruisait son royaume en silence, des travaux masqués par le pouvoir de la brume.
Ainsi, tout aventurier s'approchant de l'ancien site ne pouvait espérer voir la résurrection de cette civilisation modèle, et lentement, le royaume renaissait de ses cendres.


« Tu me sembles avoir compris, je le sens dans ton regard, fit le monarque de la brume à l'adresse de Wahn. Quelle sera ta décision ? »

Le vétéran hésitait sur la voie à prendre.
Il doutait d'être ce héros, cet envoyé des Dieux venu pour restaurer le royaume de la brume et lui apporter sa gloire d'antan.
A vrai dire, il ne s'en sentait aucunement capable.
L'image de cet enfant s'approchant de lui revint alors à son esprit, un visage si innocent porteur de tant d'espoir, des familles en attente d'un sauveur pour retrouver un foyer.


« Si le royaume est reconstruit, alors pourquoi mon aide importe-t-elle ? S'enquit Wahn. La résurrection du royaume n'a-t-elle pas déjà eu lieu en même temps que l'édification de ces bâtiments, la construction de ces routes ?
- Il lui manque un dirigeant, ajouta Lokri, le septième. Mes épaules ne sont pas suffisamment large pour supporter le poids d'une telle responsabilité.
- Alors pourquoi me le céder à moi ? »

Plus un mot.
Seul le bruit du vent traversant les briques de pierre vint perturber le silence qui venait de s'installer.


« Tu as connu la guerre, tu as connu la souffrance, tu as connu la désolation, répondit le monarque. Ton enfance parmi les bworks a forgé ton caractère bien plus que n'importe quel autre humain. »

Les mots de cet homme en forme de vapeur ne semblaient guère atteindre le disciple d'Enutrof.
A vrai dire, la puissance de la brume l'effrayait bien plus qu'elle ne l'attirait.
Autour de lui, la pièce se métamorphosa de nouveau, et le trio se retrouva au milieu d'un plateau de la montagne des craqueleurs.
Plus loin la brume occultait le paysage, ne laissant rien transparaître de ce qui se trouvait derrière.
Sur ce plateau, assis en tailleur, une dizaine d'hommes observaient le territoire.

« S'il apprenait que nous sommes sortis ainsi, l'héritier serait furieux.
- L'héritier ne fera rien. Il a autant de volonté et de pouvoir qu'un cordonnier... Comment peut-il espérer diriger tout un peuple ?
- Tu ne lui fais pas confiance.
- Le mérite-t-il ? Il attend patiemment la relève, sans rien entreprendre pour redorer le blason du royaume. Il est faible, voilà tout ! »

La scène se figea, puis disparut, laissant de nouveau place aux briques de la pièce au-dessus de la salle du trône.
Le Lokri de chair, effondré, laissa échapper quelques larmes, les essuyant rapidement d'un revers de la main.


« Je suis navré, dit le monarque, l'air sincère.
- Peu importe, répondit Lokri, si cela peut le convaincre. Voyez-vous seigneur Wahn, mon peuple a perdu toute confiance en ma dynastie. Seul le héros de la prophétie pourrait y remédier. »

Wahn n'osait la moindre parole, de peur d'offenser le pauvre disciple de Pandawa, accablé par son impuissance.
Il ignorait en quoi consisterait réellement cette mission qu'on lui confiait, il ignorait les mésaventures qu'il allait encore vivre.


« Que dois-je faire ? »

Le panda se releva aussitôt, prenant le vieil homme dans ses bras, une étreinte semblable à celle endurée plus tôt dans la salle du trône.
Il relâcha alors son emprise, présentant ses plus plates excuses envers le vétéran, tandis que des rires étouffés s'échappaient de la silhouette de brume.
Lorsque l'euphorie du monarque fut calmée, ce dernier reprit la parole.


« Vous présenter ne suffira pas à certaines mauvaises langues du royaume. Il faudra d'abord triompher des épreuves proposées. »

Le vétéran redoutait ce mot : épreuve.
Il avait conscience que s'imposer et faire l'unanimité parmi un tel peuple ne serait pas une partie de plaisir, et il imaginait les supplices qu'il allait subir avant de gagner la confiance de ses « sujets ».


« Et quelles seront ces épreuves ?
- Je l'ignore... Ce sont eux qui les décideront. »

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Ven 20 Aoû 2010 - 10:20

PAGE 8 : LE TEMPLE DE LA BRUME

Le vieil homme regarda la forme de brume et la vit rejoindre l'urne qu'elle avait quittée auparavant pour y disparaître, s'évanouir comme la brume s'évanouit lorsque le Soleil la perce de ses puissants rayons.
Lokri demanda à son invité de reprendre place sur le trône, puis le rejoignit.
Il prononça les mêmes formules mystérieuses déjà employées pour amener Wahn dans cette pièce, et le siège se mut lentement, puis entama sa descente vers la salle du trône.

Mais la pièce semblait différente de celle qu'il avait exploré.
Les colonnes, les chandeliers et le long couloir sans fin avaient laissé à une pièce beaucoup moins grande sans être étroite pour autant mais bien plus richement décorée.
En face de lui, de part et d'autre de la porte menant à la sortie, on apercevait des balcons, donnant sur les rangées de bancs en bois d'orme, des chaises aux dossiers de velours entourant une table d'un bois de tremble magnifiquement sculpté, et de magnifiques peintures, des portraits, et d'autres scènes témoignant de l'histoire du royaume.
A sa gauche, Wahn apercevait une grande cheminée, des bûches en cendre encore présente en son foyer, et de l'autre côté, de larges fenêtre aux bordures dorés, donnant à la salle toute sa lumière, et permettant au vétéran de contempler le paysage, un décor à la fois ensoleillé et brumeux.


« Nous voici dans notre véritable repaire, le royaume de la brume. »

Sans cette déclaration, l'ancien avait immédiatement compris l'endroit où il se trouvait.
Alors que le disciple de Pandawa se levait et se dirigeait vers la porte de chêne, Wahn le suivit, admirant toute la beauté et l'extravagance d'une telle pièce, observant la ville par les carreaux d'une autre magnifique oeuvre d'art bâtie par le peuple de la brume.
Il contemplait ces habitations de pierres blanches, il s'enthousiasmait devant les prodigieuses machines de construction.
Et surtout, il resta bouche bée face à l'immense tour qui se dressait au loin, si haute qu'elle en traversait l'épais manteau de brume.


« Lokri, dit-il à l'adresse du Pandawa qui arrêta sa marche, quel est cet édifice ?
- Ceci, répondit-il, c'est notre destination seigneur Wahn. Le temple de la brume, ou vous recevrez vos épreuves des douze prêtres. »

Préférant conserver sa salive, le retraité ne demanda pas l'identité ni l'objectif de ces hommes, pensant que les réponses arriveraient une fois au pied du bâtiment.

« Et quelles seront ses épreuves ?
- Je l'ignore. Le culte de la brume est né en même temps que le royaume. Il ne vénère aucun dieu, aucun homme. La seule puissance qu'ils admirent et qu'ils respectent est la brume, ce mystérieux brouillard qui nous entoure et nous protège.
- La brume n'est-elle pas un caprice des Dieux ? Demanda Wahn. Une condition météorologique comme la pluie ou la neige ?
- A leurs yeux, il n'existe rien de plus faux.

« Notre monarque était connu pour sa communication avec les morts, par un spiritisme indésirable dans les autorités amaknéennes. Exilé, il chercha à poursuivre cette étude et entra en contact avec les défunts.

« Ceux-ci, contre toute attente, offrirent leur service à la personne qui deviendrait notre roi, estimant ainsi prendre une revanche sur la vie qui les avait quittés. Se mettant au service du premier membre de la dynastie des Lokri, ils ne se manifestent que sous la forme d'un épais brouillard, matérialisant les souvenirs de ceux qui le traversent

« La brume que vous pouvez apercevoir n'a rien d'une simple manifestation des Dieux. Elle est le flux des âmes ayant quitté trop tôt ce monde, et s'épaissit au fil des guerres et des tueries. C'est le malheur du monde qui fait notre puissance, et qui causa notre perte.

« Mais la question n'est pas ici. Afin de respecter les anciens lui ayant légué ce pouvoir dépassant l'imagination, le monarque fit ériger un temple, qu'il divisa en six chambres, chacune représentant les caractéristiques de notre corps, et désigna deux disciples pour chacune.

« En bas de la tour, la chambre des vagues représente la chance, la chambre des vents représente l'agilité, la chambre des flammes représente l'intelligence et enfin, la chambre des terres représente la force. Ces quatre domaines permettent la manipulation des quatre éléments primordiaux.

« Au dessus, la chambre du corps, figurant la vitalité, permet d'augmenter la durée de vie, de soigner les maux et de guérir les blessures des habitants du royaume.

« Mais la dernière chambre, crainte par les citoyens, demeure la chambre de l'âme, celle qui représente la sagesse. Agissant sur le mental, elle peut faire oublier les évènements à une personne tout comme elle peut le torturer sans même le toucher.

« Mis en place par le monarque, ce culte perdure depuis la création du royaume de la brume. Un seul incident eut lieu, et ce fut le jour de l'attaque, lorsque le désir de pouvoir et la jalousie des quatre assemblées des éléments fit souffler le vent, trembler la terre, déborder les rivières et brûler les toitures.

« Punis par leurs supérieurs, de nouveaux membres furent mis en place, mais cette offense resta dans les mémoires des défunts, qui ne firent plus confiance au monarque. La brume s'amincit, les rayons du Soleil très violents de ce mois de Fraouctor, il y a un siècle, frappèrent la couche de brouillard jusqu'à ce que son pouvoir ne soit plus suffisant pour abriter le royaume. »

Les deux hommes avaient progressé dans la ville au fil du récit.
Là, quelques citoyens s'inclinaient devant Lokri, d'autres lui lançaient des regards furieux, mais tous s'interrogeaient sur le vieillard qui l'accompagnait.
Préférant ignorer l'intérêt populaire, le retraité levait les yeux au ciel, observait ce ciel brumeux filtrant les rayons du Soleil pour n'en laisser que quelques-uns franchir le brouillard, mais en nombre suffisant pour éclairer et réchauffer le royaume.

Enfin, ils arrivèrent à leur but, les lourdes portes d'étain du temple de la brume, cette tour blanche et métallique affrontant le nuage des âmes errantes.


« Désormais, vous êtes seuls seigneur Wahn, déclara Lokri alors que la population, comprenant de quoi il s'agissait commençait à s'attrouper autour des deux personnages. Que la brume n'obscurcisse pas votre voie. »

Poussant une des portes, bien plus légère qu'elle ne le laissait entendre, le vieil homme entra dans le bâtiment, disparut, puis la porte se referma sans un bruit.

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Jeu 26 Aoû 2010 - 18:52

PAGE 9 : LA CHAMBRE DES VAGUES

Au centre de la pièce dans laquelle le vieil homme venait d'entrer, se trouvait une immense tapisserie circulaire recouvrant toute la salle, et dont l'illustration représentait une rose des vents.
Les quatre aiguilles supposées désigner les quatre points cardinaux pointaient chacune sur une porte portant une pierre différente.

Au Nord, la première porte comportait en son centre une sphère de saphir.
L'ancêtre s'approcha de la pierre et la palpa de ses mains moites, pour se rendre compte de la perfection de l'objet, de sa forme arrondie sans un seul écart, un travail qu'aucun homme, ni aucun outil ne pourrait réaliser si excellemment.
La roche s'illumina alors, éclairant la pièce d'une intense lumière bleutée et aveuglant par la même occasion l'envoyé de la brume.

Sans un bruit, la porte se leva alors avant de permettre à Wahn d'avancer dans la pièce.
La salle semblait entièrement inondée, et seuls quelques rochers faisant office de gué venaient briser la monotonie de cette étendue bleue claire.
A l'autre bout se situait une berge où l'attendaient deux hommes vêtus de robes de prêtre aux couleurs de la mer, représentant leur appartenance à la chambre des vagues de ce temple.

Empruntant le chemin rocailleux, le vieil homme parvint finalement à ses deux hôtes, l'un disciple de Pandawa, et l'autre d'Ecaflip.
Ce-dernier prit la parole.


« Certains hommes pensent que la chance n'est qu'une grâce ou une punition des Douze dieux accordée à leurs fidèles.
- Mais nous voyons en la chance un signe du destin, continua son acolyte, la manifestation d'une puissance émanant d'un corps et d'une âme, qui oriente à sa guise le cours des évènements, choisissant elle-même ses élus.
- Ainsi, l'homme malchanceux ne peut diriger un pays, et ainsi est l'origine de ce domaine du temple de la brume. C'est cette capacité, que nous allons mettre à l'épreuve en ces lieux. »

Le flot s'agita alors, et un grand nombre de parchemins en sortit, volant jusqu'aux trois hommes au fond de la salle.
Les documents se mirent les uns à côté des autres, toujours en lévitation face au vieil homme, avant que les prêtres ne reprennent la parole.


« Cinquante parchemins, déclara l'homme félin, mais parmi ceux-ci, tu ne devras en sélectionner qu'une dizaine.
- Plus de dix milliards de possibilités, commenta l'autre. Mais une seule combinaison vous permettra de réussir l'épreuve qui vous est posée.
- Piochez les dix parchemins de chance, et vous aurez notre bénédiction. Choisissez, ne serait-ce qu'un seul mauvais rouleau, et il vous faudra abandonner vos ambitions. »

Wahn ne pouvait croire que la chance pût ainsi déterminer le succès de sa tâche, mais devait, malgré ses convictions, se résoudre à passer cette épreuve.
L'erreur lui était interdite, et il passait sa main sans relâche au-dessus des divers rouleaux de papiers, espérant ressentir une quelconque énergie s'en dégageant.

Dans son dos, l'aîné sentit alors le lac s'agiter, et constata que le gué de pierres avait disparu sous la surface de l'eau.


« Si vous tardez à répondre, le niveau de l'eau grimpera...
- Et lorsqu'il aura recouvert les précieux documents, il sera trop tard. »

Dans la précipitation, le retraité choisit trois éléments au hasard, puis les reposa, en sélectionna d'autres, et ainsi de suite, sans vouloir les ouvrir...
Nerveux, à cause de l'enjeu mais aussi de la crue menaçant de le submerger, il ne parvenait à prendre une décision.
D'un geste violent, il balaya la pile de parchemins en lévitation, et un bon nombre d'entre eux se retrouva enseveli sous la marée montante.

« Vous pensez vraiment que l'on détermine un dirigeant à pile ou face ? Hurlait Wahn, la voix tremblante comme il semblait au bord des larmes, déçu par son échec dès cette épreuve. »

Les deux hommes souriaient, se moquaient du vieillard désespéré, anéanti par la défaite.
L'eau recouvrait déjà les pieds de l'ancêtre, et celui-ci s'agenouilla, espérant que la crue le recouvrirait plus vite ainsi.

Mais celle-ci ne vint pas.
L'eau avait cessé de monter lors de l'excès de colère du vieillard, lui recouvrant à peine les chevilles lorsqu'il se releva.
Les rochers, de nouveau visibles, permettaient à Wahn de rejoindre la porte de la chambre de l'eau, pour sortir du temple et annoncer le fiasco à tout ce peuple plein d'espoir en lui.
Posant sa sandale sur le premier des cailloux, le retraité se vit attraper le bras par un des disciples de ce sanctuaire.


« Ne souhaitez-vous pas connaître le résultat ? Interrogea ce dernier.
- Me laisserez-vous tranquille ? »

Se dégageant de cette emprise, le vieil homme se retourna vers l'endroit où, quelques instants auparavant, le narguaient cinquante parchemins bleutés.
Durant sa fureur, le retraité avait éliminé quarante d'entre eux, et seule une dizaine restait ainsi, en l'air, attendant qu'on ôte le ruban qui tenaient secret leurs écrits.


« C'est impossible, dit faiblement Wahn... Un coup de...
- Un coup de chance, compléta le disciple de Pandawa. »

Les rubans de soie tombèrent, et les parchemins s'ouvrirent, dévoilant le message qu'ils contenaient.

« Que la brume accompagne chacun de vos pas seigneur Wahn, lisait l'intéressé à haute voix. »

Puis les objets se désintégrèrent, retombant en poussière sur la surface de l'eau qui commençait à descendre, pour atteindre son niveau initial.
Le regard vide, Wahn ignorait encore comment il avait pu triompher de cette rencontre, par un simple accès de fureur, qui avait choisi pour lui les dix parchemins, portant un mot chacun de cette bénediction.

Les prêtres remirent alors au retraité un saphir, semblable en tout point à celui qui ornait la porte de la pièce.


« Ceci est le symbole de votre réussite, déclara le Pandawa.
- Récoltez les trois autres pierres de cet étage pour accéder à la chambre du corps. »

Wahn rejoignit la sortie en vitesse, manquant de trébucher sur les pierres humides et glissantes.
Il se retourna une dernière fois vers les deux étranges hommes, brandissant la pierre précieuse en signe de succès.


« Que la brume n'obscurcisse pas votre voie, déclarèrent-ils à l'unisson. »

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Mer 1 Sep 2010 - 23:59

PAGE 10 : LES VESTIGES DU PASSE

La porte se referma aussitôt le vieillard passé de l'autre côté, et ce dernier put voir, au centre de la pièce, un autel au milieu de la rose des vents qui ornait la tapisserie de la salle.
La sculpture comportait quatre coupelles, chacune destinée, au vu de leur taille et de leur forme, à accueillir une pierre précieuse, marque de triomphe des épreuves passées.

S'approchant de l'une d'entre elle, le retraité y déposa le lumineux saphir qu'il venait d'obtenir lors de son passage dans la chambre des vagues.
De toute évidence pour notre héros, la première épreuve ne faisait appel à aucune de ses compétences, mais les suivantes risquaient de se révéler plus ardues.

Rassemblant tout le passé, Wahn se revoyait, il y a moins d'une semaine, paisiblement allongé aux abords du zaap du village, lui, le vieillard romantique à la recherche de son âme soeur.
Aujourd'hui, il caressait une sphère que les plus fervents disciples de Sram lui jalouseraient, lui réclameraient, et son esprit à l'eau de rose devenait peu à peu une détermination, un désir de réussite inextinguible qui l'animait chaque fois plus au fil du temps.

En un très court instant, sa métamorphose était accompli ; un nouveau Wahn venait de naître au milieu de la brume.
La salle s'assombrit alors, puis un nouveau paysage apparut sous les yeux du vieillard, une manifestation de ce brouillard mystique encore une fois.

Le vieillard put reconnaître le campement bwork dans lequel il avait grandi, la tente dans laquelle, presque un siècle durant, il avait passé ses nuits.
A l'autre bout de ce paysage se trouvait une caverne, la cachette favorite du jeune héritier de la brume, ignorant alors son destin, ignorant tout de la prophétie qui changerait à jamais le cours de son existence.
Cette grotte restait le seul souvenir de son enfance, la seule bribe de passé qui lui revenait à l'esprit, comme si un esprit, une force supérieur lui avait effacé la mémoire.

C'est d'ailleurs de cet endroit sombre et lugubre que sortit un jeune homme blond, âgé à vue d'oeil d'une dizaine d'années à peine, donnant des coups de pied dans un morceau de roche.
Deux personnes l'observaient attentivement, une femme et un homme, dissimulés derrière une des toiles du village primitif
.

« Nous ne devrions pas être là, murmura l'homme à celle qui semblait être sa compagne. Le monarque est formel à ce sujet, nous devons nous tenir écarter de cet enfant autant que possible.
- Nous l'avons déjà abandonné, Debrad... J'ai envie de connaître mon fils... »

La mère de Wahn, Felenaï, disciple de la déesse protectrice...
Telle était l'identité de cette femme, introduite dans le camp malgré les interdictions du monarque de la brume...
Mais cela signifiait-il que ses parents faisaient partie du royaume ?
A ses côtés se tenait le puissant adepte du dieu Xelor, Debrad Num, maître dans la distorsion du temps et dans la manipulation des âmes.


« Mais, comment sais-je tout cela ? Fit Wahn à haute voix, tandis que l'effet de la brume se dissipait, laissant réapparaître le hall circulaire du temple. »

La renaissance du royaume, le retour de la civilisation exemplaire parmi le monde des Douze, la restauration de toute cette communauté...
Les épreuves de ce temple n'offraient pas que ce trophée...
Chaque succès révèlerait une part infime du passé du vieil homme, une motivation supplémentaire de les passer une par une.

Wahn posa son regard sur la pierre précieuse.
Celle-ci s'était terni, tournant au gris pâle, sans plus aucune luminosité émanant de son coeur, tandis que dans la pièce résonnaient des voix, prononçant des paroles familières à l'ancien.

« Un royaume détruit, la vengeance assouvie
Feront place à cent ans d'errance et pauvreté.
Mais un seul d'eux, ni assaillant, ni assiégé
Saura les ramener de nouveau à la vie. »

La prédiction dont il avait pris connaissance en rencontrant le monarque fut accompagnée de vers supplémentaires.

« Mais par la brume aussi, sa mémoire évanouie
Ne saura revenir que par les six cristaux.
Et ainsi l'héritier aux pouvoirs si vitaux
Pourra là tout saisir de son destin inouï. »

Les voix se turent, laissant place à un silence pesant, tandis que Wahn fixait la porte sud, dont la pierre centrale venait de virer au rouge vif.
A l'intérieur l'attendait un autre de ces prix, ainsi qu'un autre fragment de son histoire.

Sans plus tarder, le vieil homme courut vers la porte pour en toucher l'orbe, mais retira aussitôt sa main face à la chaleur de la sphère.
Il se rappelait déjà avoir eu une sensation similaire en effleurant le cube de pierre de la forêt des Abraknydes, bien que la brûlure qu'il venait de subir fût plus intense encore.

Humidifiant son doigt à l'aide de sa salive, Wahn tenta une nouvelle approche, sans plus de succès que la précédente.
Il sentait désormais la chaleur dégagée par la pierre envahir son corps entier, une sensation aussi étrange qu'agréable.

La porte commença alors son ascension, découvrant peu à peu le passage.

« Chambre des flammes, murmura l'homme entre ses dents, représentant l'intelligence... »

Lorsque l'entrée fut complètement dégager, Wahn aperçut un pont suspendu, et, en s'approchant, vis à sa base un bassin bouillonnant de lave.
Essuyant la sueur qui commençait déjà à couler sur son front, le retraité se dirigea d'un pas décidé vers cette épreuve.


« J'ai rendez-vous avec mon passé ! »

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Dim 12 Sep 2010 - 11:46

PAGE 11 : LA CHAMBRE DES FLAMMES

Le vieil homme posa un pied sur la première planche de bois du pont, et sentit celui-ci osciller dangereusement, si bien que le retraité renonça à aller plus loin.
En plus de ce chemin instable au-dessus du vide, il lui fallait aussi affronter la chaleur dégagée par la lave en fusion plusieurs pieds en dessous, ainsi que la vapeur qui s'en dégageait, créant un brouillard gênant la vision de l'ancêtre, lui picotant les yeux.

Inspirant profondément, Wahn essuya une nouvelle fois les gouttes de sueur de son crâne et saisit une des cordes du pont dans chacune de ses mains, puis tenta une nouvelle fois sa chance sur l'édifice.
Avançant prudemment, le vieil homme s'arrêtait à chacun de ses pas, attendant l'immobilisation de cette route suspendue à chaque fois, progressant lentement afin d'atteindre un but qu'il ignorait encore.
Mais chaque seconde perdue sous cette ardeur affaiblissait peu à peu notre héros, qui se demandait si l'épreuve qui l'attendait serait pire que ce calvaire.
Wahn n'avait pas fait dix pas qu'il trébucha, se retrouvant le ventre contre les planches en bois de ce pont branlant, et décida de ramper jusqu'à la sortie afin de reprendre ses esprits.


« Quelle idée de renfermer un bassin de lave dans un temple, s'exclama Wahn une fois retourné à l'entrée... »

Trempé de la tête au pied à cause de la transpiration, le vieil homme aurait souhaité pouvoir retourner dans la chambre des vagues afin de plonger dans le bassin, ou seulement s'y désaltérer.
Car en sus de cet atmosphère étouffant, la soif gagnait peu à peu le vieil homme qui sentait son corps se dessécher au fil du temps passé à tenter de franchir ce pont.


« Imagine un paysage, un glacier, une montagne enneigée, se dit Wahn à haute voix. Tout ça, c'est dans ton esprit, alors invite le froid à y entrer pour mieux supporter le chaud. »

Le retraité imaginait alors se trouver dans la bourgade de Frigost, sous les neiges incessantes provoquées par la malédiction de Djaul sur le continent désormais gelé pour toujours.
Il se voyait explorer la forêt des pins perdus, traverser le lac gelé tout en affrontant les mansots qui y avaient élu domicile, se rouler dans la neige dans les champs...

Mais en se retrouvant dans la salle, la mobilité du pont lui fit sortir de ses chimères et refit apparaître le bassin de feu et la fumée grisâtre, et resurgir le vertige et la nausée dus aux tremblements et à l'altitude.
S'accrochant à l'une des cordes, Wahn entreprenait une nouvelle fois de faire demi-tour, mais coinça une de ses sandales dans les planches, et en souhaitant s'en dégager, la vit tomber dans le bassin enflammé, le percutant trois secondes après son départ.
Lorsque le retraité arriva à la porte de la salle, il revit alors la scène, et commença à cogiter.


« Comment cet objet aurait pu rejoindre le bassin si bas, en si peu de temps ? »

Gêné par la fumée, le vieil homme était en vérité proie aux illusions d'optique, et réalisa qu'au lieu d'être immense et lointaine, la surface de l'étendue rougeoyante se trouvait être proche et minuscule.
S'approchant du bord du précipice, Wahn réitéra l'expérience, en offrant sa deuxième chaussure à la lave en fusion, et l'entendit heurter la terre après un temps très court pour confirmer son intuition.

Afin de réfléchir dans le calme, notre héros s'éloigna une nouvelle fois de l'entrée pour se diriger vers le piédestal de la pièce central, au coeur de la rose des vents dessinée sur la tapisserie.
Effectuant une nouvelle fois ce geste devenu rituel afin d'éponger la sueur, une nouvelle idée parvint à l'esprit du retraité.


« Une telle chaleur, commença-t-il, parlant à lui-même... Cela paraît impossible que ce bassin de lave en soit à l'origine. »

Deux possibilités s'offraient alors au vieillard.
La première, que la lave contenue dans la chambre des flammes devait être encore plus ardente que la lave ordinaire, une hypothèse justifiable dans un tel lieu que le Royaume de la Brume.
La seconde ensuite, plus improbable mais bien plus confortable, remettait en cause la nature de ce liquide aux couleurs des flammes.

De nouveau au bord du pont, Wahn ne l'emprunta pas cette fois-ci, mais se retourna plutôt vers le ravin au-dessus duquel celui-ci se tenait.
Mettant prudemment un pied dans le vide, il remarque que la pente semblait moins raide qu'au premier coup d'oeil, et que la terre qui le constituait, au lieu d'être brulante, paraissait plutôt fraîche.
Glissant sur cette côte, il arriva alors au bassin, bien moins profond qu'il n'y paraissait, et surtout rempli d'eau, et non de lave.
Le retraité s'enfonça alors dans la cuvette, récupérant au passage ses deux sandales flottant à la surface du liquide.

L'eau atteignait à peine les chevilles du retraité, mais avait cette couleur rouge suspecte.
La soif du vieillard prit toutefois le dessus, et Wahn en but plusieurs gorgées dans le but de l'étancher.
Aucun doute, le liquide était bien une eau tout à fait potable malgré une teinte anormale.
Progressant dans le bassin, Wahn heurta à rocher et se retrouva à terre, barbotant dans ce petit bain, et se retourna alors pour prendre la pierre.

Cette pierre d'ailleurs, émettait une forte lumière rouge qui s'était éteinte au contact avec le vieillard, redonnant à l'eau sa couleur et sa clarté naturelle.

« Le rubis... » murmura Wahn.

Et sa perspicacité faisait encore ses preuves dans cette chambre des flammes, alors que la fumée au-dessus s'évaporait en même temps que la température diminuait.
Contemplant une nouvelle fois une de ces pierres précieuses sphériques au contour parfait, le vieillard fut tiré de ses pensées par une main se posant sur son épaule gauche.


« Félicitation, noble guerrier, vous venez de triompher de l'épreuve d'intelligence. »

Wahn se releva et se tourna vers son interlocuteur, tombant nez à nez avec un disciple d'Eniripsa aux ailes rouges, et portant une robe de prêtre similaires aux deux hommes de la chambre des vagues, bien que portant la couleur des flammes.
A ses côtés, se tenait une femme, disciple de Feca à en croire son allure, souriante, mais n'osant prononcer un mot.

Un escalier surgit alors pour reconduire Wahn à la sortie, tandis que l'homme interrogeait la femme dans le bassin.


« Tu ne dis rien ? »

Observant notre héros parti sans un regard, la femme attendit qu'il sorte de ce lieu avant de prononcer ses seules paroles.

« Je suis fière de toi... Mon fils... »

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Dim 26 Sep 2010 - 15:00

PAGE 12 : L'EPREUVE DU PASSE

Le vieillard s'était enfui comme un voleur avec sa récompense, sans accorder la moindre parole à ses hôtes, afin de découvrir au plus vite un nouveau fragment de son histoire.
Ou peut-être était-ce à cause de cette femme au visage si familier, cette disciple de Feca qui ne semblait pas inconnu aux yeux du retraité.
Malgré le peu de traits qu'il avait aperçu, Wahn savait, au fond de lui, que cette rencontre avec la prêtresse des flammes n'était pas la première, mais demeurait incapable d'agrémenter cette silhouette d'un nom, d'une histoire.

A présent, le vieil homme contemplait la sphère rouge acquise dans ce lac, cette sphère renfermant une bribe de sa mémoire, infime mais éventuellement significative.
Une bribe qui pourrait réveiller la mémoire du prétendu élu de la brume...

Délicatement, Wahn déposa la pierre précieuse dans son socle et attendit de revivre une scène de son passé.
La salle s'assombrit, pour transporter notre héros de nouveau au milieu du campement bwork qui l'avait vu grandir, et il se revit.

Cette fois, il n'était plus un petit garçon, mais un jeune homme aux allures athlétiques, essayant en vain d'allumer un feu durant cette nuit froide de Novamaire.
La maladie emportait peu à peu les vieux Bworks, affaiblis par les batailles et les pillages, tandis que les enfants ne passaient pas leur premier mois, terrassés par une vague de froid qui secouait Amakna.
Même les flammes de ce foyer n'avaient pas résisté, et il ne restait aucun moyen de se réchauffer dans toute la petite communauté.
Aussi, les plus pessimistes voyaient ici un signe marquant la fin d'une ère, et les plus fiers guerriers pensaient que seuls les les plus braves survivraient, renforçant ainsi « l'empire bwork ».

Pour Wahn, à cet instant, il s'agissait seulement d'allumer un léger brasier et d'y amener les plus affaiblis.
Malgré la barbarie de ces créatures, il ne supportait de voir des êtres mourir ainsi face à la nature.
Mais son succès ne vint pas, et découragé, le jeune homme jeta au loin les baguettes de bois, dans un accès de rage propre à son caractère.

Un craquement se fit entendre, puis les branches s'embrasèrent légèrement.
Par un miracle inexpliqué, les flammes s'élevaient de nouveau, et les habitants accoururent pour féliciter et remercier le jeune Wahn, futur élu de la brume.

Inexpliqué ? Pas vraiment.
Le Wahn du présent distingua clairement à ses côtés les deux mêmes personnes que dans sa vision précédente, son père et sa mère qui veillaient toujours sur lui.


« Pourquoi venir en aide à un peuple qui ne souhaite que notre destruction, Felenaï ?
- Ce n'est pas aux Bworks que je viens en aide. C'est à notre enfant... »

Autour du foyer, les bworks dansaient, se réchauffaient, et étreignaient le petit bout d'humain qui leur apportait le réconfort.

« J'ai conscience du danger, reprit-elle...
- Tu ne fais que le protéger, le rassura son mari.
- Et s'il nous apercevait ? S'enquit la jeune femme.
- Dans ce cas, je me chargerai de lui faire oublier jusqu'à la couleur de ta tunique. »

Et la vision s'arrêta, dans ces mots plein d'ambiguïté.
Que voulait-il dire par « faire oublier » ?
Wahn voyait ici l'origine de ces trous de mémoire, la raison pour laquelle il ignorait tout de la civilisation de la brume, la raison de l'ombre qui planait sur ses souvenirs.

De la même manière qu'après son passage dans la chambre des vagues, des mots se firent alors entendre.

« Ainsi progresse-t-il, franchissant les épreuves.
Sa quête du passé et de son avenir.
Avançant, dévoilant destin et souvenirs.
Et ainsi l'héritier aura là fait ses preuves. »

Ces nouveaux vers ne dévoilaient rien de nouveau au vieil homme, encore troublé par cette vision, par ce couple étrange qui semblait le poursuivre, le guetter dans ses moindres faits et gestes et pour des raisons bien plus obscures que la simple protection.
Le retraité prit alors conscience que ces morceaux d'histoire ne constituaient pas un prix mais bien une nouvelle épreuve imbriquée dans les six autres.

Une septième peine, dévoilant les mystères en soulevant d'autres interrogations plus lourdes encore.
Et s'il ne triomphait pas, il devrait non seulement vivre avec le poids de son échec en tant qu'élu de la brume, mais également face à tous ces secrets.
Plus que jamais, la réussite lui paraissait indispensable.

Le rubis se ternit alors, se changeant en une vulgaire pierre de granit sphérique, et les roches aux coeurs des deux autres portes s'illuminèrent, laissant au vieillard le choix de sa prochaine destination.

Pointée par l'aiguille Est de la rose des vents de la tapisserie, la porte comportait en son centre une lumière verte, émanant d'un émeraude, tandis que la topaze à son opposé, illuminait la pièce d'une teinte orangée.

Agilité et force, telles étaient le nom des épreuves restantes au retraité à cet étage, mais cela n'indiquait en rien la nature exacte de sa tâche.

Préférant garder la chambre des terres pour la fin, Wahn se dirigea vers la chambre des tempêtes, en ouvrit la porte.
Un puissant vent s'engouffra alors dans la pièce...

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Dim 31 Oct 2010 - 11:14

PAGE 13 : LA CHAMBRE DES VENTS – L'ARC ET LES PIEGES

La porte donnait sur une petite parcelle de terre, et un immense gouffre dont on ne voyait pas le fond.
Sur chacun des murs se trouvaient des prises, surement destinées à être empruntées pour rejoindre l'autre bout de la salle circulaire où devait l'attendre un nouveau fragment de son histoire.

Une épreuve d'escalade, voilà qui aurait été simple comme bonjour sans ce vent incessant et tourbillonnant, changeant de direction sans cesse, imprévisible.
Wahn se pencha pour observer l'immense cratère. Cette fois, aucun doute possible comme durant sa précédente épreuve, la chute lui serait fatale.

A peine eut-il le temps de relever la tête qu'il vit une flèche foncer droit dans sa direction.
Se jetant en arrière dans un réflexe incroyable, il vit le projectile de loger entre deux briques de la pièce, et aperçut un parchemin enroulé autour de sa tige.

Se relevant, face à la tempête, le vieil homme s'en saisit et le lut à voix haute, une voix couverte par l'ouragan mystique.


« Ceci est votre épreuve d'agilité, commença-t-il. Entre les vents, les flèches et les pièges, parvenez à vous frayer un chemin pour recevoir votre trophée. »

Plus que le destin du Royaume, c'est sa vie qu'il jouait à chaque instant.
Ne souhaitant toutefois rebrousser chemin, le vieillard s'engagea sur une corniche pas plus large que le bras d'un enfant, s'agrippant au murs pour ne pas chuter et voir ses jours ainsi finir.
Après avoir posé le pied sur une touffe d'herbe poussant sur la terre, une détonation se fit entendre, et un instant plus tard, le retraité se retrouvé suspendu au-dessus du vide, luttant désespérément contre le vent qui le balançait.

Plus qu'une main le retenait de la chute, et Wahn décida de tenter une vieille technique Enutrof pour se sortir de ce mauvais pas.

Lançant sa sacoche près de l'entrée et priant pour que les bourrasques ne l'emportent pas, il l'anima et l'objet ainsi enchanté lança sa propre incantation sur notre héros mal en point.


« C'est maintenant ou jamais, cria Wahn, lâchant sa dernière prise. »

Alors qu'il entamait sa descente dans le gouffre, le vieillard sortit un vieux couteau et se mutila.
Le sortilège de la sacoche fit alors son effet, et les deux échangèrent le position, donnant un répit au vieillard qui en profita pour revenir à l'entrée du temple de la brume.


« Dommage, cet objet avait une certaine valeur sentimentale... »

Retournant dans la chambre des vents, le vieillard observa de l'autre côté, apercevant les deux personnages responsables de son malheur.
Un fourbe disciple de Sram se tenait fièrement, l'air euphorique après la réussite de cette sournoiserie, alors que son acolyte, une fervente de Crâ préparait son arc, encochait sa flèche puis l pointait en direction de l'ancêtre.


« Ils veulent vraiment ma peau... Je me demande si j'ai le droit de jouer aussi... »

Le trait partit, se dirigeant droit vers Wahn qui s'écarta de sa trajectoire.
Malheureusement, celui-ci fit demi-tour, suivant les gestes de l'élu de la brume, le harcelant jusqu'à pouvoir enfin l'atteindre.
Ne perdant pas son sang froid, le vieil s'appuya contre le mur, et retira sa tête au dernier moment pour voir la flèche se briser sur les pierres.

Observant les deux compères hilares, Wahn joignit ses mains, murmurant une incantation propre aux fidèles de son Dieu.


« Ne sous-estime pas les ainés comme moi... Ou je te montrerai où réside la force de l'âge... »

Le vent changea de direction, convergent vers les deux membres du temple de la brume, avant d'exploser et d'envoyer les deux adversaires du vieil homme au sol, ralentissant aussi leurs mouvements.

Profitant de cette occasion et de l'accalmie des vents provoquée par cette distraction, Wahn entreprit de continuer sa route vers le succès, mais un nouveau piège lui fit rebrousser chemin, le forçant à sortir de l'antre des vents.
Une nouvelle flèche accompagnée d'un parchemin arriva près de notre héros, ramassant le bout de papier, entamant sa lecture à voix haute.


« Ne pensez pas lutter face à deux membres du temple, où vous pourriez en subir les conséquences. »

Si le retraité pensait à l'origine que les membres du temple seraient de bienveillants hommes, il devait avouer qu'il avait commis une lourde erreur.
Ces deux personnes ne souhaitaient pas, de toute évidence, tester l'élu, mais bien l'éliminer, comme si sa simple existence s'avérait gênante.

La bataille paraissait inévitable, et le vieillard se présenta face à ses nouveaux ennemis, hurlant à leur adresse.


« Je ne me laisserai pas impressionner. Je rapporterai la pierre que vous gardez, et combattrai si vous m'y forcez ! »

De l'autre côté, le disciple de Sram fit disparaître son allié, avant de s'évanouir également et d'appeler un double à la rescousse.
Contrairement à Wahn, ce personnage n'eut aucune difficulté à traverser la salle pour se lancer à l'assaut de l'intrus.

Propulsé à l'extérieur par le clone, Wahn réagit immédiatement, prononçant la formule de désinvocation qui fit disparaître cet énergumène.
Les deux autres n'étaient toujours pas réapparus de l'autre côté de la salle, et une nouvelle fois, le retraité lança un sort par mesure de prévention, affaiblissant par la même occasion le vent qui régnait dans la salle.

Mais le premier pas déclenché un nouveau piège, paralysant les jambes du vieil homme, tandis que derrière lui, l'ombre du Sram réapparaissait, et se saisissait des bras du vieillard, le présentant à l'archer de l'autre côté de la salle.


« Je vous avais prévenu, murmura-t-il au creux de son oreille. Adieu, héritier. »

Puis, la flèche fut décochée.

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Dim 14 Nov 2010 - 13:45

PAGE 14 : LA CHAMBRE DES VENTS – L'AIR ET LE FEU

Le trait partait en direction du vieil homme à la vitesse de l'éclair.
Pourtant, dans son esprit, cet instant avant le trépas semblait durer une éternité, et Wahn revoyait les instants de sa vie contenue dans les orbes qu'il avait réussi à gagner.

Cette femme qui songeait à le protéger... Ce mystérieux disciple de Xelor qui l'accompagnait... Pourtant, dans les rares instants dont le retraité se souvenait, son père servait la déesse Feca, tout comme sa mère...
De qui s'agissait-il alors ?

Cette interrogation resterait sans réponse, toujours vive dans la tombe, empêchant notre héros de reposer en paix ou de rejoindre les âmes errantes de la brume éternelle.
La flèche ne se trouvait qu'à deux pieds de son coeur, et il demeurait impossible pour le vieil homme de s'échapper, retenu férocement par ce farouche représentant de la chambre des vents, bien déterminé à voir les jours de Wahn s'achever...

Alors, elle atteignit sa cible... Puis se brisa net sur le torse de l'ancêtre.
Les deux gardiens laissèrent alors échapper un cri de stupeur tandis que le fervent du Dieu Sram laissa échapper sa proie qui s'écroula au sol.
Dans son dos, une jeune femme, le regard empli de fureur, pointait un sceptre en leur direction.


« Neutralité, dit-elle... Tel sera votre mot d'ordre dans votre tâche. Ainsi débute la loi qui fera de vous de vaillants gardiens du temple. Ne vous souvenez-vous pas de ces termes, protecteurs des vents ? Ce parchemin que vous avez signé de votre sang pour pouvoir porter ces robes et garder l'émeraude... Ne t'en souviens-tu pas Sestramus ? Fit-elle à l'adresse de l'homme d'os.
- Felenaï, soupira ce dernier... Est-ce la neutralité qui a prononcé le sortilège d'immunité, ou ton coeur désireux de protéger ton sang ? »

La mère de Wahn ne dit un mot, s'approchant lentement, le sceptre toujours en vue de son opposant.

« Ne commets pas une seconde fois l'erreur de laisser parler tes sentiments, Felenaï, reprit-il... Il y a un siècle déjà, tu as crée le conflit qui a mené à notre perte.
- Ce conflit demeurait justifié, se défendit la disciple de Feca. Tu en es tout aussi conscient que moi. »

Toujours à terre, le vieil homme se remémorait les mots de Lokri concernant l'histoire de ce temple... Le désir de pouvoir et la jalousie des quatre chambres élémentaires avait conduit à un désastre cent ans auparavant, la fin du premier Royaume de la Brume.

« Justifié ? S'enquit l'archère qui venait de les rejoindre. Peut-être... En attendant, les manuscrits blâment les chambres des vents, des flammes, des vagues et des terres, racontant les punitions qui nous ont été infligées, alors que l'origine vient de plus haut.
- J'en connais parfaitement l'origine...C'est d'ailleurs le fragment de mémoire de mon fils que tu gardes. »

Wahn se tourna vers l'émeraude qui brillait au fond de la pièce, ce souvenir, cette bribe de son passé.
Se relevant avec peine, il entreprit de reprendre sa route, profitant de ce conflit et de l'accalmie des vents, à la conquête de ce trophée tant convoité, à la recherche de vérité.


« Dis-moi alors, pourquoi souhaitez-vous lui donner la mort ? Demanda Felenaï. Nous avons besoin d'un héritier.
- Et s'il n'est pas l'héritier ? Répondit Sestramus. Nous n'accomplissons que notre tâche, en vérifiant s'il est apte à gouverner notre Royaume.
- Garde-toi d'intervenir physiquement. Tu ne dois en rien interférer avec l'épreuve, sous peine d'attirer la fureur du Monarque !

Le fourbe Sram gifla la femme, jugée trop insolente à son goût.
Massant sa joue endolorie, Felenaï se garda de répliquer, laissant alors le temps libre à Wahn pour arriver jusqu'à la pierre précieuse, s'en saisir, puis débuter le chemin inverse.
Pendant ce temps, une autre gifle envoya la gardienne des flammes au sol, précipitant son sceptre dans l'immense goufre de la salle.


« Tu avais plus de répondant un siècle auparavant ! Narguait Sestramus. Que t'arrive-t-il ? »

Depuis un rocher éloigné, le vieil homme assistait à la scène sans pouvoir intervenir, voyant la femme sans défense se faire rouer de coups par les deux compères.
Jurant entre ses dents, il se jura de faire payer leurs actes à ces deux brutes, mais devait d'abord regagner la porte pour ne pas voir ses efforts réduit à néant par la colère et la précipitation.

Saisissant la chevelure de Felenaï, le squelette la remit sur ses pieds, la plaque contre un mur et la força à regarder dans ses orbites vides
.

« Ton haleine empeste l'orgueil et l'envie, Sestramus... »

Essoufflée, elle respirait avec peine, et le sang coulait de son front.
Les coudes écorchés, l'épaule déboitée, la mâchoire disloquée, cette femme semblait accepter les attaques, ne lançant aucune armure pour se protéger de cet assaut injustifié.

De nouveau, l'archère encocha une flèche, visant précautionneusement le coeur de sa future victime.


« Nide... Tu n'oserais pas... Dis-moi que ton âme détient encore du bon sens. »

La dénommée Nide hésitait à lancer sa flèche, réalisant qu'une gardienne du temple se tenait face à elle, et que le Monarque la punirait pour un tel affront.

« Qu'attends-tu Nide ? Debrad a-t-il été puni pour ses actes en trahissant notre vocation ? »

Sestramus semblait s'impatienter, souhaitant que le trait transperce la poitrine de la fervent des flammes.
Néanmoins, l'archère baissa son arc, retirant la flèche qui s'y trouvait.


« Pathétique... Alors, je le ferai moi-même... »

Sortant une de ses dagues et la posant sur la gorge de la femme, il riait bruyamment, se demandant l'endroit exact où il frapperait.
Levant son arme, il s'apprêtait à la baisser.


« NON ! »

Le cri de Wahn fit échapper l'arme à l'assassin, tandis qu'une mystérieuse douleur cérébrale envahissait ce dernier.
Lâchant Felenaî, il posa les deux mains de part et d'autre de son crâne comme pour calmer le mal, d'origine inconnue pour les quatre protagonistes...

Alors, une épaisse brume apparut.

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Sam 11 Déc 2010 - 15:07

PAGE 15 : LA CHAMBRE DES VENTS – LES DEUX MAITRES DE LA BRUME

La brume convergea pour former une silhouette humaine, plus imposante encore que lors de la première rencontre de Wahn et du monarque.
Des yeux luminescents de couleur dorée se dessinèrent dans cet épais brouillard mystiques, observant Sestramus à terre, balayé par une intense douleur à la tête.


« Pitié... semblait-il gémir... Ce n'est...
- Silence ! »

La voix du souverain résonna plusieurs secondes dans la chambre avant que ne retombe le silence.
On n'entendait à peine la respiration affaiblie de Felenaï, le visage par son propre sang, coulant de son front éraflé.
Rejoignant discrètement sa mère, Wahn réalisa l'ampleur de ses blessures, ne comprenant pas l'attitude passive de la disciple de Feca face à ses assaillants.


« Comment as-tu osé, protecteur des vents ? Demanda le monarque, obtenant pour seule réponse les cris de douleurs de son serviteur. »

L'héritier n'osait tourner le regard vers la forme brumeuse, de peur de tomber face à ses orbites lumineuses dans lesquelles on pouvait facilement deviner toute la fureur, toute la rage envahissant l'esprit du Monarque.
Nide posa son arc à terre, marchant lentement à reculons vers la blessée, tandis que Lokri Ier s'avançait, lévitant dans les airs, arrivant ainsi devant le disciple de Sram agenouillé.


« Je vous en supplie, ô puissant souverain, dit-il d'une voix faible. Laissez mon âme sauve...
- Tu m'implores donc après avoir ainsi failli à ta mission ? Après avoir tenté de tuer l'héritier ainsi qu'une de tes consœurs du temple ? »

Encore une fois, nulle réponse ne parvint au Monarque.

« Ton châtiment te sera fatal.
- Non ! »

Deux voix prononcèrent ce dernier mot.
La première fut celle de Sestramus, forte et suppliante , demandant une nouvelle fois grâce à son dirigeant, le maître de la brume éternelle.
La seconde, bien plu calme et détendue, provenait de l'entrée, d'où arriva une disciple d'Enutrof vêtue d'une robe violette, portant à sa taille un sabre à la lame rougeoyante, arme inhabituelle pour une vieille femme.
Si Wahn n'était pas un maître forgeur, il reconnaissait toute la beauté de cette épée, une véritable oeuvre d'art comme on en trouve rarement en Amakna.


« Pourquoi ? Demanda le Monarque.
- Ni Sestramus, ni Nide ne sont responsables de cette affaire. »

Wahn se tourna, stupéfait.
Il souhaitait se manifester, mais la peur le serrant au ventre, il ne réussit à prononcer un mot.
Il avait pourtant vu les deux membres de la chambre des vents l'attaquer, lui envoyer des flèches et truffer les environs de piège.
Il avait vu la femme qui lui avait donné la vie se faire violemment agressé par ces deux êtres sans pitié, jusqu'à en perdre conscience en cet instant.


« Felenaï l'avait pourtant remarquée... Comment vous, ô vénérable souverain de la brume, avez-vous pu le manquer ? »

Le Monarque tourna son regard doré vers les deux membres en question, les observant attentivement, puis plongea ses yeux dans ceux de Sestramus.
La douleur du disciple de Sram semblait s'apaiser, puis il s'évanouit, restant à terre, inconscient.


« Tu as raison... Debrad...
- Debrad devient plus dangereux chaque jour. Il parvient à manipuler les âmes de vos propres gardiens sans que vous ne suspectiez rien. »

Le Monarque restait silencieux, pensif.

« La brume cesserait-elle de m'obéir pour se tourner vers lui ?
- La brume est habitée d'esprits aussi différents que ceux qui habitent le monde des Douze, répondit la vieille femme. Debrad a su entrer en contact avec eux, et désormais, ils ont le choix du maître. Seulement, l'un d'eux est encore en vie, et peut leur apporter bien plus que le second. »

Felenaï semblait revenir à elle peu à peu, puis se redressa sur ses deux jambes, aidée par son fils.
Les membres des autres chambres élémentaires rejoignirent alors le cortège, et le second membre de la chambre des flammes, fervent d'Eniripsa, s'empressa de panser les blessures.


« Et vous, commença le Monarque... Me faites-vous confiance ? »

Un disciple de Pandawa, celui de la chambre des vagues, s'avança pour prendre la parole.

« Moi, Flipo Dornever, jure allégeance au monarque de la brume et à son royaume. Que la brume m'emporte si je faillis à ma tâche... Tel est le serment que j'ai prononcé à mon entrée et que je continuerai d'honorer jusqu'à ce que je rejoigne la brume éternelle. »

Les autres membres prononcèrent chacun leur tour le même serment.
Seule la mystérieuse femme ne dit un mot, observant alors Wahn.


« Seigneur Wahn. Comme vous le voyez, le temple même est en grand danger face à la menace croissante de Debrad Num, votre propre père malheureusement. Mais ne pensez pas que vous échapperez à vos épreuves. Je vous attendrai dans la chambre de l'âme, car je ne doute pas que vous l'atteindrez. Néanmoins, je ne ferai aucun sentiment lors de votre arrivée. Que la brume n'obscurcisse pas votre voie. »

Et sur ces mots elle disparut, laissant notre héros tenant fermement l'émeraude gagné entre ses mains en compagnie des membres des chambres élémentaires et du Monarque en personne.
Les protecteurs de vagues partirent alors, suivis ensuite du disciple d'Eniripsa. Nide et Sestramus demeuraient inconscients et le Monarque assura qu'il s'occuperait d'eux, demandant aux personnes restantes de sortir.
Felenaï marcha avec peine jusqu'à la sortie, et Wahn la rejoignit.
Il s'apprêtait à lui parler lorsqu'elle lui fit signe de se taire et retourna dans la chambre des flammes.

Ne restaient que le vieil homme, un guerrier disciple de Iop et une adepte de Sadida. Cette-dernière prit alors la parole.


« Consultez ce fragment de mémoire que vous tenez. Puis nous rejoindrons la chambre des terres. »

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Sam 25 Déc 2010 - 20:50

PAGE 16 : LE PROSCRIT - DILEMME

Les deux protecteurs se dirigèrent vers leur porte, portant en son centre le topaze brillant de mille feux.
Wahn, quant à lui, observait son émeraude, puis le déposa sur l'autel et le spectacle habituel se produisit, plongeant la salle sous un épais manteau de brume, prête à conter l'Histoire de celui qu'elle a élu.

De nouveau dans le campement bwork, la scène présentait Wahn rajeuni, réparant une des tentes usées, ais un bruit étrange, la discussion entre deux personnages le perturbait dans sa tâche.
Déposant ses outils, il se dirigea vers l'origine du vacarme et y découvrit une dispute entre un homme et une femme, aux visages bien familiers pour des étrangers au campament.


« Que regardes-tu ? Fit l'homme, l'air sévère.
- Je regarde deux intrus... »

Debrad sourit à la remarque du jeune homme, puis posa une main sur son front, murmurant des paroles à peine audibles.
Wahn ne put se débattre, comme si une conscience intérieure lui disait d'accepter le sort qu'allait lui jeter cet inconnu...
Ses membres s'engourdirent alors, et il tomba dans un état à mi-chemin entre le monde réel et l'inconscience.


« Pourquoi lui infliger cela Debrad ? Fit la femme, semblant contenir une colère prête à exploser.
- Pour notre bien à tous, Felenaï, il ne doit garder aucun souvenir de nos rencontres. »

La mère de Wahn gifla alors son mari, et un long silence s'ensuivit, durant lequel la femme foudroyait son compagnon du regard.

« Ne fais pas avaler ce genre de sornettes, je vois suffisamment clair dans ton jeu pour ne pas être dupée.
- Je t'en prie, explique-moi donc la folie qui me prend. »

Alors qu'auparavant Felenaï devait longuement insister afin de venir en visite au campement bwork, les tendances s'étaient inversées depuis quelque temps, et Debrad se montrait bien plus heureux qu'à l'accoutumée de sortir des murs du Royaume de la Brume.
Une joie qui ne paraissait guère suspecte aux yeux de son épouse, qui pensait lui avoir transmis sa bienveillance envers leur unique héritier.

Pourtant, le comportement de Debrad, membre de la chambre de l'âme, ne cessait de changer au cours du temps.
D'abord, il abandonna complètement le culte de la déesse Feca pour se consacrer à la divinité temporelle, Xelor.
Ensuite, il vouait chaque jour une admiration grandissante pour la brume, étudiant ce flux aussi puissant qu'effrayant, et en venait à s'isoler de longues heures, de longs jours parfois, sans jamais parler de ses expériences
.

« C'est le pouvoir de la brume que tu désires, déclara Felenaï... La puissance t'a corrompue... »

Pour seule réponse, elle ne reçut que des ricanements.

« Et notre propre fils te sert de cobaye... Debrad, as-tu définitivement perdu la raison ? »

Debrad la saisit par le col et la ramena à lui, posant un doigt sur ses lèvres, incitant ainsi son épouse au silence.
Un rictus inquiétant se dessinait sur ses lèvres.


« Comptes-tu me soigner, Felenaï ? N'oublie pas que tu n'es pas plus dangereuse que lui face au pouvoir démesuré que j'ai acquis en m'alliant à la brume... Ne te mets pas en travers de ma route, à moins de ne vouloir en perdre la mémoire... »

La scène s'obscurcit alors, et le hall du temple réapparut, montrant la mère de Wahn en larmes.
Alors qu'il souhaitait lui glisser quelques mots pour la réconforter et parler à cette mère qu'il n'avait pas connu, il se rendit compte que tout déplacement demeurait impossible : le souvenir continuait.

Rien ne semblait pouvoir arrêter les sanglots de la protectrice des flammes, plongée dans une infinie tristesse, un dilemme sans précédent.


« Que faire ? Semblait-elle demander à un interlocuteur invisible... Ô, dieux, ô, brume éternelle, montre-moi la voie que je dois emprunter... A qui de mon mari ou de mon fils dois-je donner raison ? »

Sa voix résonna dans l'immensité du temple sans trouver de réponse.
Une vieille femme apparut alors, la même femme que Wahn avait croisé plus tôt dans le monde réel, cette femme chétive arborant un sabre à la lame couleur rouge sang.


« Dites-moi tout mon enfant, fit-elle, d'une voix conciliante. Laissez-moi vous soulager de vos blessures. »

Elle plongea alors le regard dans les yeux humides de Felenaï.
La mère de notre héros ne prononça un mot, et pourtant, l'expression de la vieille dame se transforma, laissant deviner toute la stupeur et la crainte qui hantaient son esprit.


« Je... Je vois... fit-elle simplement...
- Promettez-moi qu'il ne lui arrivera rien, implora Felenaï... »

L'ancienne resta silencieuse, fuyant le regard de la jeune femme.

« La grâce... Personne ne pourra lui accorder après de tels actes... Malheureusement, personne ne peut l'arrêter... Mais vous... Que souhaitez-vous vraiment ? Voir périr un fils à l'âme usée par la brume, ou un mari aveuglé par son orgueil ?
- Je préfèrerais garder les deux.
- Cette possibilité ne me semble nullement envisageable... Faites votre choix, protectrice des flammes, car un seul sera juste... »

Elle disparut alors sans un mot, laissant Felenaï au milieu de ses interrogations.
Depuis longtemps, elle avait compris les intentions de Debrad.
Ce jour-là encore, il avait brûlé lui-même une des tentes pour attirer son fils et pouvoir essayer ses dons, ses nouveaux pouvoirs.
Pendant qu'elle l'observait, en silence, observant les tortures de l'âme de sa chair et de son sang, l'homme qu'elle avait mis au monde...

Désormais, elle se devait d'intervenir pour ne pas perdre la face...
Se redressant, essuyant ses larmes d'un geste, elle commença à méditer sur les différents moyens à employer.

Mais Debrad apparut alors.


« A quoi penses-tu ? »

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Ven 7 Jan 2011 - 20:19

PAGE 17 : LE PROSCRIT – CONFRONTATION

Le disciple de Xelor s'approcha de son épouse, murmurant presque ces dernières paroles, de la même manière que la femme venant de quitter ces lieux, mais sans une once de compassion dans la voix.
Il passa une main dans la chevelure de Felenaï mais se vit repousser brusquement...
Mais rien ne semblait l'impressionner.

« Tes caprices n'y changeront rien... Au fond de toi, tu en es consciente... Nous ne devons rien à ce fils, et c'est pour cela que nous l'avons abandonné au milieu des sauvages. C'est pour cela que nous sommes au temple de la Brume.
- Tu m'as enlevé mon enfant... Tu me l'as enlevé le jour où tu appris que les membres du Conseil ne pouvaient être parents... Tu l'as lâchement abandonné, mais moi, je le porte toujours dans mon coeur. »

Les larmes descendaient de nouveau de sa joue, puis elle joignit ses mains.
Une lueur rouge éclaira la pièce et les quatre portes des chambres s'ouvrirent alors, faisant apparaître les sept membres des chambres élémentaires.


« Aujourd'hui, j'ai décidé que tes manipulations s'arrêteraient... Et je suis prête à porter le coup de grâce si l'occasion m'est donnée ! »

Le sol s'enflamma sous les pieds de Debrad, devant les autres protecteurs peinant à comprendre la scène.
La robe de couleur violette du disciple de Xelor commença à s'embraser, mais l'homme ne bougeait pas, tandis que Felenaï paraissait souffrir le martyre.


« Idiote... Ne comprends-tu pas que ce que tu m'infliges reviendra te frapper... la puissance du Dieu du temps est immense devant la Déesse protectrice... Comment oses-tu me défier ? »

Des ronces apparurent alors dans toute la pièce, se jetant ensuite Debrad avant de disparaître, consumées par le feu.
A ce moment, la douleur de Felenaï s'atténua tandis que son mari commençait à ressentir les effets du glyphe sous ses pieds

« J'ignore pourquoi Felenaï agit de la sorte, fit un disciple de Sadida près de la porte des terres, mais je sais qu'elle agit pour de bonnes raisons.
- Misérable ! »

Instantanément, il se retrouva face à l'homme de la nature, plantant dans son ventre des aiguilles aussi longues qu'un bras, admirant le sang tâchant ses bandelettes et le reste de sa tenue de Protecteur de la Brume.
Il jeta alors son dévolu sur le disciple de Iop qui l'accompagnait, mais ses pointes ne purent traverser la chair du guerrier, butant sur un bouclier invisible.
A l'opposé, l'adepte d'Eniripsa accompagnant Felanaï semblait fier de sa réussite.


« Devrais-je tous vous tuer un par un pour que vous compreniez ma grandeur ? La brume m'a choisi, agenouillez-vous devant son jugement. »

La salle entière se flouta alors que les bruits de bataille ne cessaient de retentir.
Pourtant les murs du temple empêchaient l'extérieur de les entendre, et le Monarque ne pouvait alors intervenir...
Il ignorait ce qui se tramait au milieu de son oeuvre.

La vision de chacun redevint normale, et chacun découvrit le corps du soigneur inanimé, plongé dans une mare rouge.
Debrad, lui, était entré dans un état d'euphorie que rien ne semblait diminuer.
A mesure qu'il blessait ses adversaires de ses rayons obscurs, de ses aiguilles ou autres sortilèges propres à ceux de sa classe, ses rires résonnaient dans le bâtiment tout entier.
Ils se trouvèrent bientôt tous à terre, seulement gravement blessés pour la plupart.
Seul le disciple d'Eniripsa semblait avoir perdu la vie, alors que Sestramus, un protecteur bien connu de Wahn, rampait vers son corps inerte dans l'espoir de le voir se mouvoir.

De la brume semblait se former autour du corps du père de notre héros, comme l'ayant choisi pour maître.
Alors qu'il contemplait ce brouillard mystique, la mystérieuse femme à la lame rougeoyante se montra enfin, son sabre orienté droit sur son collègue de la chambre des âmes.


« Donne-moi simplement une raison de t'épargner, Debrad.
- Je ne vous laisse guère le choix, chère associée, fit ce dernier, l'air narquois et moqueur. Ne vous offusquez point, mais votre talent d'escrimeuse ne vous suffira pas à percer mes enchantements »

Il désira alors se téléporter pour asséner le coup fatal à cette vieille peau... Mais il ne put bouger.
Ses jambes restèrent immobiles, son corps ne répondait plus à ce sortilège.


« Les sortilèges de pesanteur sont formidables, ne trouves-tu pas ? Il faudra te battre en guerrier, face à ton adversaire, et non en apparaissant dans son dos pour le prendre en traître comme tu l'as fait avec ces sept malheureux. »

Un spectre à la forme de pelle apparut alors, se dirigeant alors vers Debrad et l'enveloppant d'un brouillard autre que la brume avant d'imploser et disparaître, laissant un disciple de Xelor à l'air affaibli.


« Quant aux enchantements de protection, voici comment je m'en charge. »

Debrad serrait le poing, frustré de ces effets secondaires.
Maudit soit Enutrof et ses fidèles, ils périront sous la frappe du puissant Xelor !

Sur cette pensée, il détacha certaines des bandes qui enrobaient son corps, les lançant en direction de son opposante.
Elle prirent alors la forme d'un poing gigantesque et fondirent sur la vieille femme, soulevant par la même occasion un gigantesque nuage de poussière.

Quand celui-ci se leva, nulle trace de son ennemie.
Seule une besace écrasée par le maléfice se trouvait en face, alors qu'il était toujours condamné à l'immobilité.
Une voix derrière se fit alors entendre.


« A mon tour de jouer. »

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Jeu 13 Jan 2011 - 20:43

PAGE 18 : LE PROSCRIT – DEBACLE

La vieille femme faisait tournoyer la lame aux couleurs du sang au-dessus de sa tête tout en maintenant son emprise sur le mouvement de Debrad.
D'un coup, elle envoya son sabre droit sur le disciple de Xelor qui para l'attaque d'un marteau qui venait d'apparaître.

Faisant tourbillonner violemment le maillet, Debrad éloigna son assaillante et en profita pour renforcer les bandelettes qui l'entouraient, le transformait en une momie aussi lente que résistante.

« Encore une vaine tentative pour te défendre, fit son opposante, invoquant une nouvelle fois une pelle au contour spectral. Laisse-moi donc te débarrasser. »

Mais alors que le fantôme fonçait sur sa cible, le sortilège d'entrave faiblit et le second maître de la brume se téléporta à l'abri de l'attaque, évitant ainsi de perdre sa nouvelle armure.
Usant des pouvoirs que lui conférait Xelor, il ralentit considérablement les mouvements de son ennemie et créa dans ses mains deux boules d'énergie noires.
Les joignant alors, il envoya un puissant rayon obscur sur sa cible...

Mais il avait à faire à une vaillante guerrière, et le sortilège heurta une pelle animée qui servait de bouclier à son vis-à-vis.


« La pépelle à sa mémère, très finement joué, Makalia, ironisait le maître du temps. »

La dénommée Makalia ne bronchait pas, toujours voilée par son invocation, alors que Debrad s'acharnait sur l'objet, lui lançant des rayons sur le manche afin de le briser.
Une fois cette tâche effectuée, il chargea un nouveau rayon, tandis que son adversaire ne semblait rien tenter.
Il le lança alors, mais Makalia n'eut qu'à faire un pas de côté pour éviter l'attaque qui échoua sur le mur de la salle du temple.


« Brume ou pas, un mortel reste mortel, et sa puissance faiblit à mesure que le combat progresse. Combien de rayons as-tu adressé à mon invocation avant qu'elle ne flanche ? »

Cinq... Il lui avait fallu cinq rayons pour qu'enfin la pelle se brise, dégageant la ligne de vue sur Makalia... Cinq rayons et autant de fois, l'énergie de celui que l'on qualifiait désormais de traître diminuait, rapprochant son ennemie de la victoire.

Mais avant qu'elle n'ait pu asséner un nouveau coup, la porte du hall s'ouvrit d'un coup, laissant apparaître une silhouette imposante, au sommet de laquelle apparaissait fièrement une couronne d'or incrustée de diamants.
Le Monarque de la Brume entra, le pas lent mais assuré, dans l'enceinte du temple, et la porte se referma seule derrière lui une fois qu'il fut passé.

De son visage, on ne voyait rien.
Comme si la brume qui manifestait ce souvenir souhaitait occulter cette partie du souverain.
On ne retenait que la tenue noire comme l'ombre et les ténèbres, la longue cape soulevant la poussière, le couvre-chef reflétant la lumière des torches suspendues aux murs du temple et un sceptre, lui aussi d'or et de diamant.
Ces deux derniers éléments semblaient d'ailleurs les seuls à témoigner de l'identité de leur porteur, tant les vêtements du Monarque n'avaient rien de royaux.
Paralysé par cette entrée, Debrad ne pouvait bouger...
La peur sans doute, ou l'œuvre de la brume qui commençait à envahir son esprit, contrôlée par le Monarque lui-même.

Sans un mot, ce-dernier leva la main, et des menottes magiques s'emparèrent des bras de Debrad, sans que celui-ci ne put les éviter.
S'agenouillant, implorant la pitié de celui qu'il servait, il observait ses nouveaux bracelets qu'il porterait peut-être toute une vie durant.

Toujours en silence, le Monarque observait les victimes.
Pour une d'entre elle, il était déjà trop tard, et l'âme du Disciple d'Eniripsa avait déjà rejoint la brume.
C'est d'ailleurs cet esprit qui avait averti le souverain du grabuge de ces lieux.
Le Disciple de Sadida, lui, semblait grièvement blessé, tandis que le reste de ses confrères, Makalia exclue, souffrait de nombreuses plaies causées par la folie du protecteur de l'âme.


« Debrad... soupirait le Monarque. »

Sa voix ne paraissait d'ailleurs pas naturelle, altérée par une quelconque méthode.


« Ainsi me remercies-tu de tous les privilèges, de tous les enseignements que je t'ai accordé.
- Vos enseignements n'ont en rien accru la puissance dont je fais preuve aujourd'hui. La seule personne pour qui j'aie un dû est celle qui vous parle en ce moment. »

D'un coup sur le crâne, Makalia assomma l'insolent.
Celui-ci continuait tout de même de marmonner.


« Plus puissant... Echapper... Menottes futiles... »

Puis plus rien... Et le souvenir se dissipa.
Wahn se trouvait de nouveau dans l'entrée du temple, ayant à jamais ancrés dans sa mémoire les visages de ces défenseurs de la Brume impuissants face à la puissance destructrice de son propre père.

Et même si la fin de cet épisode montrait un Debrad prisonnier, il le sentait libre, allant à son gré dans ce monde...

Un étrange sentiment qui le laissait redouter la suite, alors que d'autres questions naissaient dans son esprit.
Pourquoi cette fin de souvenir, alors qu'il n'était pas présent ?
Pourquoi le Monarque ne vint que si tard ?
Que représentait cette Makalia, si présente depuis un moment ?

Les réponses se trouvaient peut-être dans le prochain fragment.
Sans hésiter, notre héros se dirigea vers la dernière chambre élémentaire : la chambre des terres.

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Ven 21 Jan 2011 - 22:06

PAGE 19 : LA CHAMBRE DES TERRES – LE JARDIN ENSORCELE

Wahn s'approcha de la dernière salle à visiter et effleura le topaze incrusté dans la lourde porte.
De l'autre côté se situait un immense pré vert comme le feuillage des frênes du mois de Jouillier, et par-ci par-là, des fleurs des champs venaient rompre la monotonie de ce tapis uni.

S'avançant sur cette étendue de verdure, le vieil homme se prit les pieds dans une ronce, et dégagea sa jambe prisonnière en prononçant des jurons connus seulement des Bworks avec qui il avait dû passé la quasi totalité de sa vie.
Reprenant sa route, il rencontra de nouveau le même obstacle : la broussaille lui avait de nouveau agrippé le bas du pantalon.

Faisant apparaître une pelle dans sa main droite, le retraité coupa net la plante, planta son outil près de l'endroit d'où elle provenait, souleva une motte de terre et la jeta au loin.


« Fichue plante... »

Mais en se retournant, notre héros découvrit une salle métamorphosée.
D'immenses chênes se battaient avec de somptueux ormes pour occuper le peu d'espace qu'offrait la pièce, tandis que les ravissantes fleurs des champs avaient cédé leur place à des plantes à l'appétit sans doute vorace puisqu'elles commençaient à se dévorer entre elles.
Ce petit coin de paradis s'était transformé en un véritable enfer, avec, au bout, sur un autel de pierre, la roche précieuse tant convoitée, entourée des deux protecteurs de la terre.


« La force, commença le disciple de Iop... La force, physique ou mentale, est la capacité de tout être humain à braver les épreuves qui lui sont proposées. A elle seule, elle est capable de donner ou de prendre la vie... Et comme toute vie, elle puise son essence dans la terre.
- Et comme la vie, reprit son acolyte, elle peut se manifester et grandir... »

Une plante poussa au pied du vieillard, un magnifique rosier d'où jaillissaient des fleurs aussi rouge que le sang.

« Puis s'éteindre à jamais... »

L'arbrisseau flétrit instantanément, retournant à l'état de poussière.

« Nous allons tester la force qui est en vous, seigneur Wahn, reprit la disciple de Sadida. Bravez les dangers que renferme ce jardin et ce trophée deviendra vôtre. »

Sur ces paroles, l'étrange paysage enchanté commença à s'agiter.
Les arbres envoyèrent leurs branches sur le vieillard qui eut le réflexe de se rouler sur le tapis d'herbe humide pour éviter les coups.
Alors, d'autres ronces commencèrent à apparaître, emprisonnant la main droite du vétéran qui put toute fois s'en dégager.
Malheureusement pour lui, il fut traîné une nouvelle fois à terre par une violente secousse du sol.


« Et voilà, la nature se venge sur l'homme... Si seulement j'étais bûcheron... »

Un chêne envoya alors un nouveau coup qui atterrit non loin de la figure du vieillard.

« Et en plus, je l'ai vexé... Il n'y a pas à dire, c'est susceptible un chêne... »

Se relevant avec peine, les bras griffés par les épines des plantes qui poussaient sans cesse à côté de lui, Wahn prononça un sortilège de désinvocation en direction de ses adversaires sylvestres.
Mais cette tentative fut vaine, et les immenses troncs ne cédaient pas malgré l'explosion d'air que provoquait le sortilège.

Perdant patience à cause des nombreuse mauvaises herbes folles qui le ralentissaient, et les assauts incessants des géants des forêts, le vieil homme joignit ses mains pour prononcer une nouvelle incantation.
Récitant la formule qu'un Bwork mage lui avait enseigné, il fit tomber des éclairs autour de lui, stoppant les plantes dans leur lancée.

Mais son répit demeurait de courte durée, et chaque pas en avant se soldait par un autre pas en arrière pour éviter de finir sous les coups d'un orme ou tout autre de ces arbres envoûtés.


« Je n'y arriverai... jamais... »

Et ces grognements ne l'aidaient guère.
Frappé par une liane baladeuse, notre héros se retrouva une nouvelle fois nez à nez avec le sol, une situation lui rappelant étrangement sa mésaventure de la forêt des Abraknydes, cet événement qui avait tout déclenché.

A la différence que son ennemi n'était pas un vent violent mais un environnement qui souhaitait sa perte.
Les ronces lui emprisonnaient peu à peu les membres, rendant tout mouvement impossible.

Le ventre face à la terre, il ne pouvait même pas apercevoir la scène derrière son dos, mais refusait d'abandonner après avoir réussi à récolter trois des sphères élémentaires.
D'autres éclairs surgirent alors, libérant l'ancêtre de ses chaînes, lui permettant d'esquiver un nouveau coup de branche qui lui aurait broyé les os à coup sûr.

S'essuyant le front, conscient d'avoir failli passer l'arme à gauche, comme bien trop souvent à son goût ces derniers temps, Wahn invoqua, un sac supposé le protéger des assauts de ses ennemis.
Encaissant les coups, les griffures, les morsures de plantes carnivores, la sacoche ne survécut pas longtemps à cet environnement hostile...

Mais une autre peine vint alors se rajouter aux autres, sous la forme de spores.
Masquant son visage face à cet odeur irritante, le vieil homme ne put s'empêcher d'inhaler ces substances, et ces gestes se firent encore plus lents... plus imprécis.
La fatigue le gagnait peu à peu, ses paupières s'alourdissaient...

Et dans le flou, il vit une nouvelle fois le majestueux orme s'apprêter à l'attaquer.

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Dim 23 Jan 2011 - 12:25

PAGE 20 : LA CHAMBRE DES TERRES – LE SAUVEUR DE L'OMBRE

Le vieil homme s'endormit avant même que le coup n'atteigne son but, certain de ne plus être apte à se réveiller.
Pourtant, dans son sommeil, le disciple d'Enutrof sentait des goutes d'eau tomber sur con crâne nu et son visage aux traits tirés par la fatigue.

Depuis combien de temps se trouvait-il dans ce temple ?
A cause des épais murs qui le séparaient du monde, le retraité semblait avoir perdu toute notion du temps qui s'écoulait, et cette sieste forcée paraissait bénéfique pour son corps et son esprit éreintés.
Un sommeil néanmoins agité par un étrange bruit de branche qui tombait sur un feuillage, ainsi que celui d'un cours d'eau calme et paisible... Sans doute les rêves d'un vieil homme qui refusait de se rendre à l'évidence et se rattachait aux derniers détails de sa vie.

Cependant, il reprit connaissance, rouvrant timidement les yeux pour ne pas être agressé par la lumière de la salle.
D'ailleurs, cette-dernière semblait moins intense que dans ses souvenirs.

Et pour cause, puisqu'une mystérieuse rivière était née durant son assoupissement, et qu'un étrange mur végétal le protégeait des assauts répétés des grands arbres, filtrant ainsi la lumière tandis que les mystérieuses gouttes d'eau que le retraité ressentait coulaient le long de ces plantes.
En se retournant, Wahn se rendit compte qu'il ne situait plus sur la terre ferme, mais sur une embarcation créée par les nénuphars dont les tiges et les rhizomes formaient cette barrière naturelle, ne rompant pas malgré la férocité croissante des arbres ensorcelés.
Les plantes carnivores n'osaient s'aventurer plus loin que le bord de la rivière et le canot de verdure n'avaient rien à craindre de ces adversaires là.
Quant aux spores, le doux parfum des nymphéas en fleur semblait avoir pris le dessus.

Le vieillard observait cette oeuvre de la Nature bouche bée, sans comprendre comment elle était apparu, mais guère déçu pour autant.
Les attaques s'intensifiaient sur le toit de verdure, à mesure que l'objectif s'approchait.


« Juste incroyable, fit Wahn, toujours aussi béat d'admiration... Mais comment ? »

Une secousse le tira de ses rêveries, et le vieil homme se rendit compte qu'une brèche avait été créée, laissant une énorme branche pénétrer l'enceinte et stopper l'avancée du retraité.
Faisant de nouveau apparaître une pelle, le vieillard s'en servit cette fois comme une hache et brisa d'un coup l'intrus...

Malheureusement, les soucis du vétéran ne s'arrêtèrent pas si facilement, et la branche repoussa instantanément, menaçant de renverser le radeau de nymphéas.


« Saleté de branche envoûtée ! »

Ce-dernier mot provoqua alors un déclic dans l'esprit de l'élu de la Brume.
Appelant, de la même manière que Makalia, une pelle aux allures spectrales, Wahn la dirigea contre son ennemi.
L'objet fantomatique enveloppa alors la branche, puis disparut, laissant sa cible inerte et libre d'être tranchée.

Et ainsi le bateau poursuivit sa route, tandis que des fantômes aux allures d'outils de jardinage se chargeaient d'enlever les envoûtements qui pesaient sur les fiers chênes, les frêles merisiers, les robustes ébènes ou les magnifiques ormes.

A la fin du trajet, une porte se créa entre les tiges, et Wahn en sortit pour se saisir de la roche convoitée, devant l'oeil impressionné des protecteurs de la chambre.
La disciple de Sadida prit alors la parole.


« Mes pauvres chéris... Ils n'ont rien pu faire face à ta maîtrise de la terre. Regarde, fit-elle en lui désignant l'embarcation d'où il provenait, tu nous as pris à notre propre jeu.
- Lilas a parfaitement raison, poursuivit son associé. Créer cette barrière de plantes fut prodigieux et plein de génie. Moi, Cormeron Setriarc, m'incline devant votre puissance et met mon épée à votre service. »

Remerciant les deux protecteurs, il se saisit de la topaze marron, fragment de son histoire, avant de repartir à l'entrée de la salle, contemplant la sphère lumineuse avec l'impression de n'avoir rien mérité.
Il semblait parfaitement conscient du fait qu'il n'était pour rien dans cette réussite, et qu'il ne devait son succès qu'à un esprit bienveillant qui le soutenait dans l'ombre.

Etait-ce la le destin ?
La gratitude qu'éprouvait le vieillard envers son mystérieux sauveur était grande, mais il ne pouvait la manifester ainsi, et ne savait comment s'y prendre.
Ce sauveur qui l'encourage à poursuivre sa route dans le Royaume de la Brume, ce sauveur qui lui donne la volonté de poursuivre les étapes, de passer outre les obstacles.

Sans le savoir, cette personne protectrice donnait à ce vieil homme l'envie de continuer, de prouver au Monde des Douze que le Royaume de la Brume ne fera pas de la figuration.

Serrant contre lui cette pierre si mystérieusement acquise, il savait les tâches qu'il attendait.
D'abord il affronterait une nouvelle bribe de son passé, une nouvelle vérité à endurer.
Ensuite il monterait dans le temple et affronterait les membres de la Chambre du Corps, puis celle de l'âme, et priait pour en ressortir victorieux.

Une fois sorti de la salle, Wahn scruta les environs, comme pour espérer entrevoir le responsable de cet acte salvateur.
Mais il n'y avait pas un bruit, hormis celui des pas du retraité pour rejoindre l'autel au centre de la rose des vents, pas une ombre à l'horizon.

Insérant la pierre précieuse dans son socle, il vit alors la brume se manifester, le coeur rempli d'appréhension face à ce nouveau moment qu'il s'apprêtait à redécouvrir.
Il se questionnait toujours sur l'identité de ce créateur de rivière et de nymphéas, mais savait que cet esprit l'accompagnait, le soutenait depuis un bon bout de temps.

« Merci... »

Oui, il se trouvait toujours dans le coin...

Toujours présent, jamais bien loin.

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Mer 2 Fév 2011 - 22:28

PAGE 21 : EXIL – RANCOEUR ET AMERTUME

L'homme soufflait bruyamment, appuyé contre un arbre dépourvu de feuilles.
Massant son bras gauche ensanglanté, il semblait respirer avec peine et surveillait les alentours, les dents serrés.
Le visage à moitié recouverte de bandelettes laissait apparaître par endroit un crâne chauve et lisse comme la peau d'un nouveau-né, tandis que sa robe de couleur violette portait encore les inscriptions « Debrad Num, chambre de l'âme » au niveau du coeur.

Visiblement, le disciple de Xelor avait réussi à s'échapper de ses geôliers malgré des blessures inquiétantes.
De peur d'être poursuivi, il scrutait sans cesse l'horizon à la recherche d'une ombre, d'une silhouette qui le poursuivrait dans ce dédale sylvestre qu'il avait maintes fois parcouru.
Mais nul ne vint.

Poussant un soupir de soulagement, Debrad se laissa tomber le long de l'arbre pour s'asseoir à terre et prendre un peu de répit, regardant l'ouverture sur son bras.


« Makalia, grognait-il, alors qu'il commençait à bander sa contusion... Vieille porkass toujours prête à fourrer son groin où il ne faut pas...Le dernier mot sera mien. »

Il serra les bandelettes, fixant solidement le pansement autour de son membre estropié.


« Et toi, Felenaï, ton sort sera bien plus sombre encore... »

Sentant l'endroit sûr, il sortit de sa cachette, précautionneusement cependant.
Les fidèles de la brume ne pouvaient sortir de l'enceinte sacrée en temps normal, mais le Monarque n'avait surement jamais envisagé pareille situation.

« Crétin ! »

La rage de Debrad envers Lokri Ier et ses suivants s'intensifiait chaque jour, chaque minute, chaque seconde, si bien que le disciple de Xelor ne pouvait désormais plus la contenir et la faisait exploser, s'en prenant aux diverses créatures, sangliers comme prespics, abraknydes comme milimulous qui se mettaient en travers de sa route.

Dans son esprit, il voyait le corps torturé du souverain, l'homme coincé entre quatre murs, implorant son geôlier de lui céder l'eau de sa gourde et les miettes de son pain rassis.
Il le voyait vivre la faim au ventre, dans ses propres ordures, la crasse le rendant chaque jour moins humain.

Cette vision deviendrait bientôt réalité.
Monarque, Royaume, Protecteurs, Défenseurs... Tout ce qui un jour avait juré allégeance à la Brume rejoindrait le brouillard tant vénéré, tandis que Debrad en deviendrait l'unique maître.
Ce pouvoir infini, cette puissance illimitée : un rêve à portée de main maintenant sa liberté acquise...

Mais seul contre tout un peuple, l'ambitieux demeurait minuscule.
Xelor l'avait déjà affublé d'une taille ridicule, il ferait piètre impression en se proclamant maître incontesté de la Brume en claquant des doigts.
En réalité, cette provocation ne ferait que le jeter dans la gueule des loups affamés de ce Royaume qu'il méprise.

« Lokri... Makalia... Felenaï... Et tous les autres... Que la brume qui vous recouvre devienne votre tombeau. »

Observant les gris nuages, Debrad lançait cet appel comme une prière aux Dieux pour punir ce Royaume de prétentieux.
Boitant de la jambe droite, il avançait en direction d'un lieu qu'il connaissait bien.
Traversant une caverne ornée de squelettes humains privés de leur chair par le temps, le transfuge trépignait d'impatience de rejoindre son but, de tenir sa vengeance dans le creux de sa main.

Ces pensées s'orientaient surtout sur son épouse Felenaï.
Cette douce jeune fille aux airs si purs dont il était tombé fou amoureux encore adolescent.
Cette tendre femme qui lui vouait une attention et une admiration dont aucune autre femme dans ce bas monde ne pourrait faire preuve à l'égard de cet être...

Et pourtant, elle l'avait trahie.
Serrant le poing une nouvelle fois, Debrad rejoint la lumière pour y découvrir un jeune homme cueillant un edelweiss, l'amenant à son nez pour s'imprégner de son odeur.


« Toi aussi, ton parfum est pourri par ces sauvages, fit-il à l'adresse de la plante. Ô douce odeur du monde extérieur, qu'es-tu devenue ? »

Sans plus attendre, l'exilé se rapprocha du poète en herbe et le saisit par l'épaule.

« Conduis-moi à ton meneur, fit-il, sans contenir sa rage. »

Nullement impressionné, le jeune lança un coup de poing dans la figure de son opposant, ravivant une blessure que Debrad avait reçue à la joue.

« Garnement ! »

D'un geste de la main, le disciple de Xelor envoya son vis-à-vis heurter la falaise à leur côté.
Massant l'endroit où avait atterri le poing, sa fureur ne s'en trouvait que renforcé.


« Maintenant, écoute-moi attentivement Wahn, je ne suis pas venu ici pour être ainsi importuné. Alors obéis et conduis-moi à ton chef. »

Ignorant d'où l'étranger tenait son nom, Wahn s'exécuta, bien trop faible face à la puissance de celui-ci.
Une nouvelle fois, Debrad était venu en territoire Bwork
Mais cette fois, il n'observerait pas son fils pour y exercer ses pouvoirs.

Cette fois, il lèverait une armée.

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Mer 9 Mar 2011 - 15:38

PAGE 22 : EXIL – LE SOULEVEMENT

Le jeune Wahn semblait contraint de guider le disciple de Xelor dans les montagnes, l'emmenant devant une énorme tente en peau de sanglier ornées de dessins dont Debrad avait du mal à comprendre le sens.
D'un grognement, Wahn appela ses compagnons Bwork qui se mirent en cercle autour des deux humains, mais nul ne sortit de la toile.


« Il déteste être dérangé, commenta celui qui avait passé son enfance dans ce campement.
- Et moi je déteste qu'on me fasse attendre. »

L'exilé s'approcha du chapiteau alors que deux des créatures s'empressaient de lui barrer la route, une bave nauséabonde coulant depuis leurs babines, sabres en main.
Observant tour à tour les deux compères, il se ravisa, pensant que provoquer une bataille ne lui serait guère utile dans sa tâche.
Il s'assit au milieu de la ronde de soldats sauvages, puis s'allongea sur la terre sèche, invitant Wahn à faire de même.
Debrad sifflotait un air, une chanson qui semblait familière aux oreilles du futur élu de la Brume, une mélodie qui lui rappelait son enfance avant son arrivée dans ce camp sordide.

« Comment se nomme cet air ? Demanda-t-il. Je crois le connaître... »

Debrad se tut, se rendant compte qu'il fredonnait la mélodie du chant qui avait bercé son fils dès ses premiers jours, ce refrain écrit par Felenaï pour que le petit s'endorme même dans les nuits les plus sombres...
Mais comment pouvait-il s'en souvenir, alors que la Brume était supposée détruire tout souvenir ?


« C'est moi qui pose les questions, répondit l'intrus, contemplant le ciel sans nuage. »

Des pas firent trembler le sol, et l'exilé se releva pour voir sortir de son habitat le grand Bworkassin, le guerrier sanguinaire qui dirigeait cette troupe de sauvages.
« La rivière de sang », tel était le nom de cette montagne au teint vert foncé et au croc aussi tranchants que les lames des meilleurs forgerons d'Amakna.
Personne, pas même le meilleur des bretteurs n'avait à ce jour pu lui infliger la moindre blessure.
Tous avaient découvert la froideur de la lame et la force du poing de ce guerrier craint par-delà les montagnes et les océans, dans tous les coins et recoins du monde des Douze.
Son nom seul, bien qu'étrange, inspirait terreur et désespoir.

Heureusement, une telle menace restait unique, et les Bworks restaient ainsi cloitrés dans ce village sans se tenter à envahir les terres environnantes...
Qui sait ce qu'une armée de Bworkassin pourrait causer ?

Au-delà de sa force physique, le monstre demeurait très savant pour un membre de sa race.
Il parvenait à lire les écrits des humains, à écrire suffisamment proprement pour être déchiffré et parlait couramment plusieurs dialectes de ces terres.
Toutefois, ses manières restaient fidèles à son clan, et une invitation de Bworkassin était souvent prétexte à une fin sanglante.


« Quoiiiii ? Maugréa la bête, la voix rauque.
- Enfin, ce gros tas se décide à sortir de sa cachette. »

Sans un mot et devant l'offense qui lui était faite, le meneur Bwork sortit son sabre incurvé et le lança en direction de Debrad.
En plein air, la lame s'arrêta net avant de tournoyer et repartir dans l'autre sens, ouvrant une plaie sur l'oeil du barbare.

Posant sa main sur la blessure, Bworkassin observa le sang qui ruisselait sur sa paume et se mit à rire fortement, son euphorie résonnant dans toute la chaîne de la montagne des craqueleurs.
D'un geste de la main, il ordonna aux archers de bander leurs arcs et aux mages de préparer leur sort.


« Touché, fit-il... Pas mal, humain...
- Ces compliments me vont droit au coeur mon cher ami.
- Ami ?... Je ne suis pas ton ami... Je suis le seigneur de ces terres, et tu es l'intrus.
- Je suis pourtant venu plusieurs fois te rendre visite, aurais-tu la mémoire courte ? Je t'ai enseigné tout ce que tu sais, t'ai confié mon intelligence pour faire de toi le dirigeant de ce clan... Est-ce ainsi l'idée que les Bworks se font de la gratitude ? »

Soupirant, Bworkassin fit signe à ces hommes d'annuler leurs attaques et invita Debrad à l'accompagner.
Une fois à l'intérieur, il lui montra les restes d'un bouftou et l'homme s'y assit sans broncher tandis que Bworkassin buvait une coupe remplie du sang de l'animal.


« Num... je me suis toujours demandé pourquoi tu m'avais appris tout cela...
- Mon but était de te cultiver, mais tu vas au-delà de mes espérances... Voilà que tu réfléchis, je suis impressionné ! »

Le disciple de Xelor mima des applaudissements à l'adresse de son vis-à-vis, qui se contenta de vider sa coupe et de la jeter plus loin dans la tente.

« Bien, soyons sérieux, repris le banni. Tu fus et restes le plus puissant de ces énergumènes. La force et l'intelligence faisaient de toi le chef le plus apte pour ces incapables.
- Depuis quand un humain se soucie-t-il du sort des Bworks. Ne mens pas Num, ton objectif n'était définitivement pas le bien de notre peuple. »

Une nouvelle fois, Debrad reprit son jeu de félicitations.

« Tu as raison, je m'incline... J'ai besoin de tes soldats pour livrer une bataille. »

Le Royaume de la Brume...
Bworkassin connaissait déjà la cible, et lapider ses habitants ne dérangeait guère la « rivière de sang ».
Il se servit un nouveau verre de sang et tendit un autre à son invité, la levant comme pour sceller un pacte.


« Le prochain sang que nous boirons sera celui de tes ennemis Num »

Ils portèrent le liquide à leur lèvre et savourèrent tous deux cet instant, imaginant le siège du palais.
Mais il faudrait du temps, le temps de former tous ces idiots au combat, au vrai, puis leur faire oublier afin de ne pas avoir d'ennui par le futur.

Sa marionnette lui confiait son peuple pour la bataille, il l'éliminerait lui aussi une fois sa vengeance accomplie.


A l'extérieur du camp, une épaisse brume se levait.

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Ven 11 Mar 2011 - 21:29

PAGE 23 : EXIL – LE NOUVEAU MENEUR

La brume agissait peu à peu sur l'esprit des Bworks et du jeune Wahn, agissant sur leur souvenir pour leur fournir un passé de guerrier impétueux.
Manipulée avec soin, ce brouillard mystique pouvait convaincre une personne d'être ce qu'elle n'est pas, comme l'emprise d'un marionnettiste sur sa création.

En ressortant de sa tente, Bworkassin découvrit une armée disciplinée, prête à servir ses désirs les plus malsains et ses envies les plus sanglantes


« Ils n'ont pas ta culture et ton intelligence, pas même ta force, commenta Debrad à l'égard du meneur de ces créatures infâmes. La brume n'agit que sur les sentiments d'un être, et elle me dit que la hargne qui habite tes serviteurs pourrait bien faire tomber un Royaume. »

Un rire sortit de la bouche de la « Rivière de sang », un sentiment de joie qui fut vite repris par son armée sans pitié.
Seul Wahn ne souriait pas.
Son regard semblait perdu, comme concentré sur un objectif bien précis.
Aucune crispation ne pouvait se lire sur l'expression de son visage, et pourtant son regard semblait ailleurs.
Debrad s'approcha du garçon, cet étrange fils qui depuis un siècle, n'avait pas pris une seule ride...
Ah, Felenaï...

Pour protéger son précieux chérubin, elle avait demander à Kloume, de la chambre du corps, de bénir son fils tant qu'il serait dans son camp, de lui permettre de rester le jeune homme qu'il est.


« Un souci, demanda Debrad à Wahn.
- Pourquoi nous battre ? »

L'ennui des humains demeurait leur capacité de réflexion, cette manie à se poser des questions sans arrêt et à les formuler hautainement à leur supérieur.

« As-tu déjà vu un chienchien demander à son maître pourquoi il aboie ? As-tu déjà entendu le bouftou se plaindre auprès du berger parce que brouter l'ennuie et qu'il préfèrerait voguer comme l'air et parcourir les champs d'Amakna ?
- Laissons la bêtises aux animaux et aux Bworks, je veux connaître les raisons de ce combat. Je suis un homme. »

Debrad racla le fond de sa gorge et cracha la salive mêlée de sang sur le visage devenu furieux de cet insolent de fils.
Il resta ainsi, le poing serré, sans bouger
.

« Alors, Homme -il y avait un vrai mépris derrière ce mot-, qu'attends-tu pour réagir ? »

Wahn grinça des dents, tremblant de fureur, mais n'osa s'interposer plus.
Il se souvenait encore de sa cuisante rencontre avec cet homme à bandelettes et une autre défaite ne ferait que l'enrager encore plus.


« Brave bête, fit Debrad, un sourire aux lèvres. »

Il rejoignit alors Bworkassin, laissant Wahn essuyer son visage de son habit en charpies et contempla les têtes horribles de ces tueurs nés.
Debrad jubilait face à tant de fureur, tant de haine...

La vision s'évanouit alors.
La suite, le Wahn du présent, élu de la Brume, il la connaissait déjà.
La fin d'un Royaume, le début d'une longue période de vide et d'errance pour ses membres, la reconstruction, et la prophétie

Observant la salle, le vieil homme constata que l'autel avait disparu, que les portes n'ornaient plus les mur de la salle circulaire.
Il crut sentir le sol s'élever dans les airs et grimper dans l'immense tour du temple de la Brume alors que résonnaient des mots dans ce silence.


« Un royaume détruit, la vengeance assouvie
Feront place à cent ans d'errance et pauvreté
Mais un seul d'eux, ni assaillant, ni assiégé
Saura les ramener de nouveau à la vie. »

« Mais par la brume aussi, sa mémoire évanouie
Ne saura revenir que par les six cristaux.
Et ainsi l'héritier aux pouvoirs si vitaux
Pourra là tout saisir de son destin inouï. »

« Ainsi progresse-t-il, franchissant les épreuves.
Sa quête du passé et de son avenir.
Avançant, dévoilant destin et souvenirs.
Et ainsi l'héritier aura là fait ses preuves. »

« Et dans toute douleur il subsiste un espoir,
Et dans tous les malheurs la lumière est là,
Celui abandonné ravive ses éclats
Et de l'ombre il sortira, de l'infranchissable noir. »

« Car bientôt ils viendront les courageux guerriers
Les vaillants défenseurs de la brume éternelle
Les nobles boucliers aux envies fraternelles
Et parmi Douze Dieux ils pourront bien briller »


Les paroles de cet hymne, de cette prophétie résonnaient dans l'esprit du retraité, tel un encouragement alors que l'ascenseur continuait de monter dans la tour.
Sous lui, les quatre chambres élémentaires avaient dû plier, et pourtant un sentiment d'insatisfaction le hantait : il avait l'impression de n'y être arrivé seul.

La chance d'abord en jetant ces parchemins le hantait.
Sa panique face au précipice le rongeait.
La situation de la chambre des vents ne le quittait plus.
Et surtout ce héros de l'ombre qui l'avait sorti d'affaire dans la dernière épreuve...

Le sentiment de n'avoir rien réussi continuait d'animer son esprit alors qu'il atterrissait dans une immense pièce dont on ne voyait pas les murs.
Une voix féminine s'éleva alors.


« Bienvenue dans la chambre du corps. »

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Mar 15 Mar 2011 - 20:29

PAGE 24 : LA CHAMBRE DU CORPS – L'ILE SAUVAGE

Le bruit d'un fouet claquant sur le sol se fit entendre et la femme se dévoila alors...
Du moins en partie car une capuche blanche empêchait son visage d'être vu, mais sa queue noire et son arme inhabituelle tendaient à dire qu'elle faisait partie du culte d'Osamodas.
A ses côtés, un disciple de Sacrieur se tenait, torse nue, dévoilant multiples cicatrices sur toute l'étendue de son corps si bien que la couleur de sa peau n'en pouvait être déterminée.


« Les chambres élémentaires n'ont eu aucun secret pour toi, commença-t-il. Mais te voici à un nouvel étage de cette tour, et ta nouvelle épreuve s'annonce bien plus terrible que celles que tu as endurées jusqu'à présent.
- Le temps s'écoule différemment dans cette pièce, continua son acolyte, et une heure du monde réel correspond à un jour ici. Ce qui nous amène à ton défi. »

Le vieil homme observait les alentours, inquiet, mais tout semblait vide, sans une âme mis à part les deux protecteurs.

« La vitalité, reprit le mutilé, est la capacité du corps à endurer les blessures qui lui sont faites.
- Il s'agit de la résistance d'une enveloppe de chair aux plaies qui sont ouvertes. »

Le fouet claqua de nouveau et Wahn se mit en garde, pensant qu'il devrait résister aux assauts des deux gardiens pour obtenir le laisser-passer de la chambre.
Les deux ricanèrent puis disparurent dans l'obscurité, ne laissant que leur voix résonner.


« Une heure du monde réel, un jour ici... Voilà le temps que tu devras tenir sans eau, sans nourriture, sans rien. »

Puis la voix se tut, laissant le retraité seul face à lui-même.
Tout ce qu'il avait à faire semblait de survivre, isolé dans cette salle entièrement vide.
Epuisé par ce qu'il avait subi auparavant, il s'allongea sur le sol de pierres et ferma les yeux.
Depuis son entrée dans le temple, toute notion du temps l'avait quitté et il ignorait combien d'heures il avait passé dans les salles et dans ses souvenirs apportés par la brume.

Il sentit alors de l'air chaud sur son visage, l'air chaud d'une respiration animale.
Rouvrant les yeux, il distingua clairement le museau d'un croc gland prêt à lui bondir dessus et d'un geste vif, sortit une dague de sa poche pour lui trancher la gorge, lui ôtant ainsi de faire d'un disciple d'Enutrof son repas.

Wahn observa alors le paysage, et constata que la salle avait laissé place à une vaste étendue d'eau secouée par la tempête et que lui se trouvait sur une île à la végétation dense et un volcan surplombant cette jungle.
Dans tous ces éléments, il y voyait des allusions aux chambres précédentes, les flammes de la montagne embrasé, l'eau des vagues agitées, le vent de l'ouragan qui approchait, la nature hostile qui se présentait à lui.
Son objectif était de survivre un jour à cet environnement aux airs plus que dangereux.

Des pluies diluviennes s'abattaient sur le petit bout de terre perdu dans l'immensité bleu et un éclair vient frapper tout près du vieillard, électrisant sa barbe.
Il ignorait quelle pouvait être la meilleure méthode pour survire : rester sur la plage et affronter les immenses vagues ou s'enfoncer dans la nature pour y trouver des créatures féroces sortis de l'imagination des protecteurs de la chambre du corps...

Voyant la mer s'agiter et devenir chaque instant plus menaçante, il se dirigea vers la seconde option, marchant dans la boue et écartant les branches pour se frayer un chemin dans ce labyrinthe.

Le tonnerre grondait toujours et plusieurs arbres carbonisés par les éclairs ainsi que des troncs terrassés par le vent rythmaient l'exploration du vieil homme.
Au loin, des grognements se firent entendre.


« Qui va là ?, demanda Wahn, inquiet »

D'un buisson épineux surgit alors un kanigrou qui ne tint pas une seconde face au lancer de pelle précis du retraité.
Mais les grognements ne cessaient pas.
Pire encore, ils approchaient.


« Sales bestioles, ne croyez pas m'impressionner... Bah, de toute façon, vous ne comprenez pas ce que je dis. »

Un javelot sorti de nulle part se logea dans l'écorce d'un arbre proche après avoir effleuré le visage du vétéran.
Derrière les fourrés, les tambours de guerre résonnaient, donnant à Wahn l'impression d'être dans un livre des aventures de Gropinson Crusoé au pays des Kanniboules.
Préparant ses sorts, il s'apprêtait à accueillir les sauvages habitants de cette île, lorsqu'une douleur se fit sentir au niveau de son ventre, puis une griffure au niveau du visage.

« Quoi... Ils sont... invisibles ?
- Goulouk oulouk ! »

Il ne comprenait pas ce dialecte, et pourtant il avait conscience qu'il devait se sauver.
D'autant plus que derrière lui, l'eau gagnait du terrain et avait effacé la plage de sable fin sous une marée des plus opressantes.

Il devait se diriger vers la montagne de feu, au centre de cet île.
Plus le temps avancerait, plus il se rapprocherait du danger, et les heures s'annonçaient de plus en plus longues alors qu'un nouveau coup le plaque contre un kokotier.


« Bande de... »

Afin d'échapper à ses agresseurs, il prononça une incantation et ses mouvements se virent facilités, lui permettant de courir plus dite et d'ainsi se rendre plus rapidement au bas de la paroi rocheuse du volcan de l'île.

Alors qu'il pensait faire une halte, essoufflée, assoiffé par une chaleur accablante et l'humidité, il sentit la terre trembler sous ses pieds.
Ce volcan n'était pas endormi.

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MessageSujet: Re: Par-delà les montagnes : Résurrection   Jeu 21 Avr 2011 - 21:39

PAGE 25 : LA CHAMBRE DU CORPS – SURVIE

La chaleur ne cessait de s'intensifier alors qu'un énorme nuage de cendres commençait à s'échapper de la montagne de feu.
Un éclair vint terminer sa course sur un des kokotiers aux non loin du vieillard, l'incendiant instantanément tandis que les vents violents se chargeaient de le déloger de la terre qui le maintenait debout.
Depuis le sommet du volcan, la lave commençait à couler, se dirigeant dangereusement vers les positions du retraité, pris au piège.


« Ils en ont de ces idées... »

Le vieil homme ignorait comment s'y prendre face à ce géant de la nature.
Une nouvelle secousse le déséquilibra, l'obligeant à s'appuyer sur un tronc d'arbre instable qui s'écroula sous le poids du vétéran.
Les gloussements des sauvages se firent alors entendre de nouveau, en même temps que les craquements de branches sous leur pas.
Heureusement, ces ennemis invisibles semblaient tout aussi bien se débrouiller que Wahn sous les tremblements de la terre, et on comprenait aisément les indignations de ces guerriers malgré les grondements du volcan.

Restant à plat ventre, le vieillard rampait lentement vers les fourrés les plus proches pour s'y dissimuler, attendre sans un bruit ses traqueurs.
Ils ne tardèrent pas à arriver aux environs, alors que par endroit l'envoûtement d'invisibilité commençait à s'estomper, laissant apparaître un bout de bras ou de jambe.

Une nouvelle réplique du séisme se fit entendre, le moment idéal selon le vieil homme pour utiliser son sortilège de Remblai.
Pressant ses deux mains contre le sol, il provoqua une explosion au niveau du groupe d'ennemis, les déconcertant et brisant ainsi définitivement l'invisibilité qui les protégeait jusqu'à présent.
Sortant de sa cachette, Wahn semblait prêt à combattre et se lançait déjà vers ses opposants encore à terre.


« C'est maintenant que ça devient drôle, dit-il en lançant son bras armé en direction d'un de ses opposants, frappant de plein fouet son masque de bois qui éclata en trois morceaux sous le choc. »

C'est alors que le retraité découvrit l'identité de ses agresseurs.
Au lieu d'un visage se trouvait un crâne poussiéreux recouvert par endroit de quelques lambeaux de chair toujours attachées à l'os.
Ses autres ennemis ôtèrent leur masque à leur tour, dévoilant ce même crâne à chaque fois, une armée de squelettes n'ayant aucunement peur de la mort puisque cette dernière les avait déjà emportés de l'autre côté.

Pétrifié, Wahn ne réagit même pas lorsqu'une main dont seul le majeur comportait encore de la peau et un bout d'ongle se posa sur son épaule.
Sa colonne vertébrale se glaçait en même temps que retentissaient les rires inhumains de ces soldats d'outre-tombe se pressant vers le corps de l'élu de la Brume.


« Je... Je ne dois pas trembler... »

D'un geste, il écarta la main près de son visage pour asséner un coup de pelle sec dans l'aisselle de son propriétaire, sectionnant le membre de ce guerrier aux allures de Chafers.
Au sol, le bras continuait de s'agiter tel une cooleuvre sauvage alors que l'ennemi ne manifestait nulle gêne quant à la perte de celui-ci.

Bien plus dangereux et sauvages que leur confrères des cimetières du Monde des Douze, ces êtres portaient autour d'eux une étrange aura de couleur pourpre qui les rendait bien plus inquiétant encore.
Armé de javelots, sarbacanes, et autres lances de bois complètement vétustes, la terreur qu'ils inspiraient rendaient ces objets bien plus inquiétants que s'ils avaient été dans les mains des guerriers Kanniboules.


« Je maudis celui qui a imaginé une scène pareille, fit Wahn agacé. »

Le combat faisait rage entre les troupes de la mort et le vieil homme, et chaque os brisé ne faisait qu'augmenter le nombre d'ennemis du vétéran, abandonnant bien vite la bataille.
Pris au piège par des ossements qui lui maintenaient les jambes et les bras, il ne parvenait plus à bouger, regardant autour de lui d'autres ennemis sortir de terre pour tenir compagnie à ces légions de squelettes.
La terre semblait se calmer peu à peu, et l'un des soldats d'os s'avança vers Wahn, lui faisant lever le menton de ses doigts de cartilages, puis désignant de l'autre main le sommet du volcan.


« C'est le sort que vous me réservez ? »

Toute la fatigue du vieillard après cette lutte se sentait dans sa voix, cette voix faible, ponctuée de prises de respiration.
La lave coulait le long d'un versant de la montagne de feu, mais le reste paraissait étrangement épargné, une preuve supplémentaire que fort heureusement, ce monde n'avait rien de réel.

Un coup sur la nuque fit perdre la conscience au vieil homme, tandis que des cordes venaient l'entourer, le ligoter.
Et l'étrange cortège commença son ascension.

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Par-delà les montagnes : Résurrection

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