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 Fragments retrouvés VIII : L'Aurore Pourpre

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Monarque de la Brume

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Localisation : Dans le palais de l'au-delà.

MessageSujet: Fragments retrouvés VIII : L'Aurore Pourpre   Mar 19 Fév - 22:04

Fragments retrouvés VIII
L'Aurore Pourpre



Un âge de ténèbres s'abattit sur le Monde. Nul ne le savait encore mais l'aura harmonieuse des Dofus, elle qui baignait le monde de sa douceur, était souillée. Et le désordre qui s'insinuait progressivement dans les contrées, allait durer jusqu'à ce que la guerre éclate entre Bonta et Brâkmar les deux cités nées de l'effort des gardiens des mois.

L'histoire des chevaliers de l'Ordre du Cœur Vaillant, aurait dû faire partie de l'Histoire avec un grand "H", celle qui est inscrite dans les grimoires, celle qui fait ériger des statues. Guidés par Ménalt le centaure, leur destinée, tragique ô combien, aurait dû être narrée par tous les hérauts et les bardes du Monde des Onze, et être gravée dans le marbre pour traverser les âges... Nenni ! Car leur sort inspire la crainte à ceux qui l'évoquent et si leur histoire est parvenue jusqu'à nous, c'est qu'elle est contée à voix basse, lors des veillées nocturnes... car elle est un avertissement adressé aux jeunes gens téméraires et imprudents.
Vous seriez bien en peine de trouver d'autres traces que ces histoires chuchotées la nuit, car les chevaliers disparurent tous, corps et âmes, par une nuit froide de Septange. C'était au commencement du Monde...

Rushu avait broyé l'un des quartiers de l'Horloge de Xélor, et imposé Djaul comme gardien de Descendre. Le lige de Rushu avait depuis jeté une ombre de peur sur le Monde : le grand Solar était mort de sa propre main.
Et s'il n'avait pas réussi à dérober le Dofus gardé par Aguabrial, sa tentative avait fait naître un dragon du nom de Bolgrot, colérique et imprévisible. Ce dragon, Djaul le pressentait, pourrait servir des desseins, tôt ou tard. Tout cela avait crée un courant d'instabilité dans le Monde, et l'aura protectrice des Dofus s'était trouvée entachée par tant de convoitise...

Malgré cela, Rushu restait insatisfait. Le Seigneur des démons voulait devenir un dieu lui aussi, et être vénéré par des qui seraient à son image. Mais cela lui avait été refusé ! Et une déesse, celle qu'on nommait Sacrieur, lui avait ravi sa place au Panthéon ! En guise de compensation, Rushu avait demandé à Djaul qu'il lui édifie une ville entière. Cette ville serait son temple. Et lui aussi, aurait ses fidèles ! Car Rushu comptait convertir les disciples des autres dieux à son propre culte : ils arboreraient des ailes rouges, et seraient semblables à des démons ! C'est ainsi que la cité de Brâkmar, édifiée en une nuit par Rushu lui-même, fut consacrée au culte du seigneur démon...
Xélor, de son côté, avait jugé que Jiva était digne de prendre la succession de Solar. Il avait aussi demandé à Ménalt, le guerrier centaure et commandeur de l'Ordre du Cœur Vaillant, d'être le protecteur de Martalo, le mois des tempêtes et des giboulées. Ménalt avait accepté. Comme Jiva et Pouchecot, respectivement protectrice et protecteur de Javian et Fraouctor, il avait élu domicile dans la nouvelle ville de Bonta. Un mois avait suffi aux trois protecteurs, aidé par les dix dieux, pour bâtir cette ville qui devait s'opposer à l'ascension de Brâkmar et au culte de Rushu. Une année allait s'écouler avant qu'elle ne connaisse sa première bataille.

L'aube du 12 Septange de l'an 26 était froide, et la lumière peinait à percer les ténèbres. La route de Bonta, tenue par les chevaliers de l'Ordre, était blanchie par les premières gelées ; les sentinelles étaient engourdies par ce froid précoce. Elles se tenaient autour des braseros et ne parvenaient pourtant pas à se réchauffer. La forêt, qui d'ordinaire commençait à bruire de mille bruits à cette heure matinale, aurait été totalement silencieuse s'il n'y avait eu ce cri entendu à plusieurs reprises pendant la nuit. Les sentinelles n'y avaient d'abord pas pris farde, mais elles scrutaient maintenant l'obscurité tout là-bas, en direction du sud. Le cri - ils doutaient qu'il fut sorti du gosier d'un animal ordinaire - s'était rapproché.
Le capitaine de faction soupçonnait une ruse de l'ennemi. Les brâkmariens avaient été bien calmes ces derniers temps, sans doute trop. Il dépêcha un messager vers Bonta. Soudain, le cœur de la nuit s'agita ; des présences se mouvaient au-delà de la ligne de vue des sentinelles ! Après quelques secondes de stupéfaction, elles se ruèrent sur les cloches d'alarme... Trop tard ! Une clameur sauvage couvrit les tintements. Les chevaliers entendirent résonner des tambours de guerre. C'était une attaque ! Des troupes amassées de part et d'autre des monts Sidimote, déferlaient vers eux. Leur tumulte faisait trembler la terre. Et le jour ne se levait pas.

A Bonta, Jiva avait fait donner l'alarme, et galvanisait les miliciens : il leur faudrait tenir si l'attaque ennemi parvenait jusqu'à la ville. Elle exhortait les défenseurs, postant les archers aux meurtrières et les fantassins derrière les portes. Au-delà des enceintes, le martèlement étouffé des troupes en marche leur parvenait. l'ennemi gagnait du terrain, et rapidement ! Cela n'augurait rien de bon... Ménalt et Pouchecot avaient rejoint Jiva. Après un bref échange, ils acquiescèrent tous trois. Jiva dirigerait la défense de la ville. D'un commun accord, Ménalt et Pouchecot prirent chacun la tête d'une escouade de cinquante chevaliers de L'Ordre du Cœur Vaillant. Parmi ceux-là, une bonne moitié était des centaures rangés sous les ordres de Ménalt, les autres étaient des fantassins férocement armés.
L'épée tirée, au cri de "Bonta vaincra", ils foncèrent porter secours à leurs camarades. Hélas ! Là-bas au loin, les avants postes avaient été engloutis par des hordes de gobelins. C'étaient là quarante chevaliers, pas moins, qui succombaient, submergés par le nombre. Les renforts arrivaient trop tard ! les troupes bontariennes forcèrent l'allure, et les centaures galopèrent de plus belle. A voir, les gobelins n'étaient que la pointe de l'attaque lancée contre Bonta.
L'ennemi grouillait devant eux. L'aube semblait figée et la nuit ne jamais finir. Soudain, un jet de flammes pâles et grises flamboya par dessus les troupes gobelines et éclaira faiblement la bataille. Le cri sinistre retentit à nouveau. Les Brâkmariens avaient balayé les postes avancés de Bonta. Devant lui, Ménalt vit avec dégoût les chevaucheurs de Karne poursuivre les derniers chevaliers en déroute pour les achever. Un Iop sombre, un capitaine de Brâkmar, les commandait, restant lui-même en retrait du combat.

"Les forces de Brâkmar sont grandes, mais pas invincibles !" lui dit Pouchecot à Ménalt "Tes centaures doivent enfoncer les flancs des troupes ennemies. Les gobelins seront pris en tenaille, et pressés de part et d'autre. Je les écraserai ensuite, et toutes nos forces feront face aux chefs de guerre brâkmariens ! Tu sais comme moi que les créatures aux ordres de Brâkmar sont pour la plus part des brutes sans cervelles et indisciplinées. Elles fuiront si leur commandement est décapité. Il sera temps alors de s'occuper de la provenance de ces cris lugubres !". Ainsi parla Pouchecot et Menalt acquiesça.

Les chevaliers arrivèrent sur les troupes gobelines... Ce fut une boucherie ! Un carnage ! Un étripage ! Les héros bontariens brandissaient leurs lames, et à chaque coup, des giclures de sang maculaient d'avantage leurs armures ! Ils s'arrêtèrent enfin pour reprendre leur souffle. Les chevaliers se regroupèrent autours de Ménalt et de Pouchecot. Ils n'avaient pas subi de pertes, quelques égratignures tout au plus. Ménalt lança un regard circulaire pour mesurer l'ampleur du combat. L'attaque s'était bien passée. Très bien. Trop bien. Le centaure cherchait le Iop sombre qu'il avait aperçue plutôt. Le guerrier avait rejoint le reste des troupes brâkmariennes, et refrénait leur ardeur à aller au combat. Composées de squelettes Chafers, elles n'étaient pas venues secourir les gobelins... Et Ménalt s'aperçut de leur erreur. Un hurlement retentit alors, assourdissant. A nouveau les ténèbres furent déchirées par un éclair gris. Les gobelins n'étaient qu'un appât ! Le pire allait arriver...

C'était un guerrier, un seul guerrier, vêtu d'une armure noire, un colosse. Il s'avançait vers eux, seul, et les Brâkmariens s'écartaient sur son passage. Il hurla, et ce fut comme si les Bontariens étaient jetés à terre. Furieux de ce mouvement de recul parmi ses chevaliers, Ménalt les exhorta à combattre. Il leva sa lance, et se rua à l'attaque. Pouchecot lui cria d'attendre, mais les centaures se précipitaient déjà à l'assaut des premières lignes ennemies. Le choc fut terrible, le fracas des armes retentit, les cornes sonnaient et les tambours de guerre battaient à tout rompre. Frappant de taille et d'estoc, Ménalt se frayait un chemin vers le chef de guerre de Brâkmar. Si celui-là tombait, la victoire appartiendrait à Bonta ! Ménalt pouvait voir combattre le guerrier : à chacun de ses coups, un chevalier tombait, son armure lacérée par l'épée noire. La pointe de sa lame décrivait des courbes et des cercles sans jamais s'arrêter, c'était comme si deux ailes d'ombres fouettaient l'air tout autour de lui. Le guerrier noir avait la même intention que Ménalt.
"Je suis Ménalt, commandeur de l'Ordre du Cœur Vaillant, protecteur de Martalo ! Qui que tu sois, tes heures sont comptées !" cria Ménalt par-dessus le tumulte. La bataille faisait rage autour d'eux. Ménalt s'était débarrassé de son armure elle lui offrait aucune protection, pire, elle entravait ses mouvements face à un tel adversaires.
"Je vais te faire rendre gorge, centaure ! Prie ton dieu pour qu'il t'ouvre les portes du royaume des morts, à toi et tes chevaliers ! Dis lui aussi que Hyrkul fera tomber Bonta aujourd'hui !". Des bouffées de flammes noires s'échappaient de son heaume. Ménalt, à présent qu'il pouvait voir son adversaire de plus près, fut stupéfait de voir son ennemi se servir du feu noir comme d'une arme. Il s'écria : "Sacrilège ! Tu souilles le feu d'Ouronigride ! Tu seras maudit pour cela !"

"Hyrkul est mon nom, et tu l'emporteras dans l'autre monde, centaure !" vociféra l'autre, et tous deux s'élancèrent pour frapper. En moins d'une seconde tout fut joué ! Ménalt brandit sa lance dont la pointe était nimbée d'un feu blanc, il se fendit d'une attaque en pique visant le creux de la gorge, là ou les plaques de l'armure noire étaient suffisamment espacées pour que son coup puisse être fatal. Mais la lance se perdit dans l'esquive du guerrier, ses larges ailes d'ombre tournoyèrent pour cingler le centaure et l'aveugler. Avant que le centaure ait pu lancer une seconde attaque, Hyrkul avait empoigné la hampe de Ménalt d'une main, et de l'autre, il l'avait agrippé à la gorge. Ils hurlèrent tous deux, l'un de rage, l'autre de douleur ! Une foudre enflammé jaillit à travers le heaume noir, frappant Ménalt au visage durant de longues secondes. Puis le guerrier repoussa le centaure assommée et pantelant pour lui asséner le coup de grâce ; il fit un moulinet avec son épée, la lame tournoya en sifflant pour retomber aussitôt ; elle faucha Ménalt qui tomba dans la poussière.

Le guerrier continua à faire tournoyer son épée en rugissant : un feu intense venant du fond de sa gorge embrasa sa lame. Les flammes se déployaient, de plus en plus larges et dangereuses. Les chevaliers avaient vu leur chef s'écrouler, et maintenant ils reculaient. Un dragon de foudre noire était né de l'épée d'Hyrkul. La bête surplombait de toute sa hauteur. Il plongea à travers les troupes bontariennes. Elles s'embrasèrent instantanément, les chevaliers s'écroulant les uns après les autres ; les autres guerriers de Bonta furent soufflés dans l'explosion. Pouchecot ne dut sa survie qu'à sa magie, il s'était enraciné profond dans la terre tel un arbre centenaire. Les armures des chevaliers jonchaient le champ de bataille. Une pluie glaciale se mit à tomber. Les hordes brâkmariennes se remirent en marche vers Bonta. Hyrkul se planta face à Pouchecot transformé en arbre énorme. Il s'était protégé mais réduit à l'immobilité du même coup. Le colosse noir éclata d'un rire sinistre.
"Je te taillerai un cercueil dans ton propre bois, Pouchecot ! Mais avant cela... Je veux voir la tête de Jiva se balancer à tes propres branches !". Il cracha et rejoignit son armée à grandes enjambées. Les fortifications de Bonta se détachaient au loin, pâles comme de la craie.

Les chevaliers de l'Ordre du Cœur Vaillant avaient péri au grand complet...

Pour les défenseurs de Bonta, il semblait que jamais plus le jour ne se lèverait. Cette nuit était-elle la dernière qu'ils avaient à vivre ? Jiva n'était pas la seule à regarder le ciel, essayant de percer les mystères du sortilège qui pesait sur eux. Raval, le gardien de Septange, s'était rendu sur les hauteurs de Sidimote pour observer le champ de bataille et l'obscurité ensorcelée qui persistait. Cinq heures déjà ! Le jour aurait dû se lever depuis cinq heures ! Ces heures étaient précieuses pour lui le gardien de Septange. Cinq heures avaient été volées au mois dont il avait la protection... Il devrait en répondre devant le Xélor !
Ce guerrier noir était d'une puissance phénoménale. Exterminer cent chevaliers était une chose. Anéantir Ménalt, en était une autre. Réduire Pouchecot à l'impuissance en était une troisième.
"Si je m'interpose entre lui et Bonta pour lui réclamer ces heures volées, je risque la mort... Quant à Bonta ! Chère Jiva, je ne donne pas cher de ta peau... Mais si Bonta tombe, la nuit durera peut être l'éternité... et s'en sera fini de Septange". Et ça, Raval ne pouvait l'imaginer. Il descendit jusqu'au champ de bataille. Des gobelins rescapés de la bataille s'égrenaient pour former une arrière garde clopinante. Au milieu des cadavres de gobelins et des armures vides, Raval eu l'idée qui allait sauver Septange. Lui qui, dès Fraouctor passé, s'évertuait à soutenir lentement la vigueur de chaque végétal, il allait rappeler à la vie les âmes des chevaliers trépassés. Il avait ce pouvoir...

A son commandement, les fantômes des chevaliers de l'Ordre des Cœurs Vaillant s'étaient levés ; leurs armures roulèrent au sol dans un bruit métallique. Brulés, blessés, écorchés, ils portaient tous des plaies béantes. Raval passa entre les rangs silencieux, puis leur désigna l'armée de Brâkmar. Les troupes d'Hyrkul étaient aux postes de Bonta. Des Trools les martelaient de coups et elles menaçaient de céder à chaque instant. Jiva avait groupé les miliciens qui formaient un mur d'armures. Mais déjà les gobelins tentaient de se faufiler entre les brèches de la porte qui s'élargissaient davantage à chaque seconde. Hyrkul avait remis son épée au fourreau et assénait lui aussi des coups sa masse d'armes. Il suspendit son geste... et se retourna brusquement comme interpellé...
Soudain des cris de détresse se firent entendre à l'arrière. Le colosse, déconcerté, resta à l'écoute. Mais ce n'étaient pas ces cris de peur qui l'inquiétaient. Il scruta le sud. Et il vit ses troupes débordées par les chevaliers de l'Ordre, ceux-là qu'il avait abattu avec la foudre noire. C'était une marée blanche qui submergeait les brâkmariens. A cet instant sonna la corne de Bonta. Jiva faisait ouvrir les portes et les miliciens avancèrent sur les troupes de Brâkmar, regagnant pas à pas chaque mètre de terrain perdu.

Hyrkul ne pouvait prévoir un tel retournement de situation. Les troupes de Brâkmar étaient prises en étau. Il vit les chevaliers fantômes, insensibles aux coups, qui taillaient en pièces son armée. La confusion était totale. Son capitaine battait en retraite. Gobelins et Chafers s'éparpillaient, aussitôt massacrés par les chevaliers fantômes. Se dégageant à grand peine de la mêlée, et sachant la bataille perdue, Hyrkul jeta un dernier regard à Bonta, si proche, avant de prendre la fuite en direction de la forêt des Abraknydes. S'il n'avait pas remporté la victoire, il avait la certitude que Bonta n'abritait pas de Dofus. Jiva et Pouchecot n'auraient pas hésité à les brandir au plus fort de la bataille, pour manifester leur puissance et effrayer les troupes brâkmariennes... Ce simple renseignement valait bien les pertes infligées à Brâkmar... Hyrkul s'enfonça dans la foret sombre.
Un cri de victoire retentit dans tout Bonta. Les survivants voyaient enfin le jour se lever. Raval avait regagné les hauteurs de Sidimote, observant la débandade de Brâkmar. L'aurore était pourpre. La couleur laisserait son nom à cette bataille qui elle, resterait dans l'Histoire. « L'Aurore Pourpre » première bataille qui vit s'opposer Bonta et Brâkmar, fut l'une des plus meurtrières de la période dite de « la guerre des cités ».



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